15 mai 2009

Lettre à un ami en détresse

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Cher G.

 

La vie est une arborescence des possibles, un ensemble de chemins qu’on choisit plus ou moins d’emprunter. Sur ces chemins, on fait une série de rencontres, plus ou moins intenses, plus ou moins durables. Parfois, un peu plus loin sur le sentier dorée, on retrouve certaines de ces rencontres, et parfois non. L’amour et l’amitié sont les deux plus belles choses qu’une personne puisse te donner. Mais je sais aussi que le temps et la distance sont les deux grands ennemis de toute relation.

 

Cela fait six ans que nous ne nous sommes pas parlé ou écrit. Depuis notre dernière conversation téléphonique en 2003, à l’occasion de ton anniversaire, le silence s’est imposé. Un peu comme si chacun de nous avait souhaité tourner la page d’une époque, avec en tête peut être, cette phrase cinglante que j’ai entendu une fois: « Djibouti est une parenthèse dans la vie ». Toutes ces années durant, les seules nouvelles de toi me venaient de nos parents qui eux, ont su garder contact à leurs retours en France.

 

J’ai donc appris que tu avais pu réaliser ton souhait le plus cher - intégrer la marine nationale - et perpétuer ainsi une certaine tradition familiale, ton père et ton frère étant eux même dans la marine. Je me réjouissais alors d’apprendre que tu avais trouvé ta voie, et plus encore la stabilité et l’équilibre intérieur auquel tu aspirais tant lorsque nous nous sommes connus. Je n’imaginais pas que tu pourrais un jour tenter de mettre fin à tes jours…

 

En apprenant cette triste nouvelle, bien des souvenirs me sont revenus. D’abord cette abominable lettre que je t’ai écrite et dans laquelle j’ai fait ce qu’aucun ami ne doit faire, à savoir te juger. Mais il y a surtout ces souvenirs mémorables de notre amitié passé à Djibouti. Tu n’imagines pas combien ton amitié m’a apporté, ni à quel point ta présence a rendu plus facile la deuxième année de mon séjour en Afrique. Si tu souviens bien, Monsieur J. avait dit un jour « Dans la vie, on se fait rarement de vrais amis » : je te compte parmi ceux là, en dépit de nos chemins séparés et du temps qui a passé. Pas une année ne s’est écoulé depuis mon départ sans que je regrette que nous n’ayons pas gardé contact.

 

Au départ, lorsque tu as emménagé dans notre immeuble, nous n’avions pas d’atomes crochu : tu étais sportif (et footeux), moi pas, nous n’avions pas les mêmes gouts musicaux, j’aimais les jeux d’ordinateur, toi non, bref…nous venions d’horizons différents. Pourtant très vite, nous sommes devenus inséparables : nous allions au lycée en vélo ensemble, nous avions des cours particuliers d’anglais ensemble (avec cette chère Leslie), on allait mangeait aux petits restos du coin (ah les fameux jus de fruits…), on a fêté Noel ensemble, on a fait quelques sorties en bateaux ensemble (les 7 frères, Musha), on jouait à la pétanque ensemble, on est parti en Ethiopie ensemble avec tes parents etc. Je me souviens de nos interminables discussions le soir quand je montais chez toi, sur ton balcon, ou quand tu venais fumer sur ma terrasse, au ré de chaussé ou à coté de la cabane du Shoof.

 

On se confiait nos doutes, nos craintes, nos espoirs. On discutait de tant de choses, des filles, de nos ami(e)s lycéen(ne)s, de politique, du futur etc. Depuis Djibouti, je n’ai jamais retrouvé cette complicité avec d’autres amis. C’est peut être une chimère, une quête improbable ? Un refus de ma part de faire le deuil d’une époque révolue et d’accepter le passage à l’âge adulte? Je ne saurais dire… Je crois toutefois que chaque relation est spécifique et unique. L’amitié qui nous a unis a compté dans ma vie.

 

Tu es quelqu’un de bien G. La vie n’est pas facile et les épreuves sont nombreuses. On peut difficilement traverser le sentier doré seul. N’hésites pas à faire appel à tes amis, aussi vieux et éloignés soient-ils… J’espère que tu te remettras très vite de cette mauvaise passe. Je te souhaite pleins de bonnes choses.

 

Ton ami.

P.

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Commentaires

Ce texte n'est qu'un brouillon de la lettre que je comptais envoyer à cet ami en détresse.

Avec un peu de recul, et après discussion avec une amie, je me rend compte que j'ai plus écrit cette lettre pour moi même que pour l'ami en question.

Écrire ces lignes m'a permis de faire point et de digérer cette triste nouvelle.

Je ne sais pas s'il est opportun que je m'introduise à nouveau dans la vie de quelqu'un avec qui je n'ai plus de contact depuis 6 ans maintenant, et dont je ne suis pas censé être au courant de sa tentative de suicide.

Je ne sais pas non plus si je serai capable de lui apporter le soutien que j'avais su lui apporter à l'époque où nous nous sommes rencontrés, sachant qu'il se cherchait alors mais qu'il n'était pas en dépression comme aujourd'hui.

Ma mère a donné à la sienne, avant que je ne sois au courant de l'affaire par ailleurs, mon numéro de téléphone dans l'hypothèse où il souhaiterait m'appeler. Mais je ne sais pas s'il le fera, ni si je serai à la hauteur s'il m'appelait.

Il y a un peu de l'ironie dans cette histoire. J'ai longtemps vécu dans une certaine nostalgie, "accroché" à mon passé, parce que comme je déménageais souvent, je n'avais pas le temps de prendre racine. Et alors qu'aujourd'hui je vis plus dans le présent et apprend à regarder l'avenir avec optimisme et espérance, c'est le passé qui frappe à ma porte.

Ecrit par : Pablo | 18 mai 2009

C'est toujours délicat de retrouver une personne dans de telles circonstances, surtout lorsque le temps a passé. beaucoup de personnes en détresse ont tant de mal à exprimer ce qu'elles ressentent qu'il faut presque les deviner. 6 ans plus tard tellement de choses peuvent changer. Etre ou ne pas être à la hauteur ce n'est pas important, une présence même maladroite est un réconfort même si c'est par l'intermédiaire d'un simple n° de téléphone. J'ai été malheureusement confronté à ce problème plusieurs fois, les personnes desespérées sont dans un gouffre dont elles ne peuvent s'échapper qu'elles-mêmes, souvent le coup de tête qui les font passer à l'acte est plus une volonté d'échapper à la souffrance que de véritablement se donner la mort. Malheureusement il n'y a que le temps qui permet d'arriver à la fin du tunnel, lorsqu'elles sont plongées dans le noir elle n'en voit pas la fin et ne l'imaginent pas... mais un petit signe est toujours bienfaiteur...

Ecrit par : Catherine | 18 mai 2009

Oui, Pablo, je suis assez d'accord avec Cath.

Si je ne suis pas sûr qu'une telle lettre soit opportune, en revanche, montrer que tu es là, qu'il te touche toujours, ça a du sens, à mon avis.

Et si tu as la possibilité de le rencontrer, fais-le, mais ne cherche pas à provoquer sa parole. S'il en éprouve le besoin, et si tu représentes toujours quelque chose pour lui, il libèrera sa parole de lui-même. Dans ces cas-là, il faut être tout en douceur et en subtilité, prêt à écouter, et prêt à s'éclipser ...

Bon courage. :-)

Ecrit par : Halryck | 19 mai 2009

Oups, j'ai oublier de changer le pseudo, mais tu le connaissais déjà, celui-là ... :-)

Ecrit par : Quidam LAMBDA | 19 mai 2009

Merci pour vos conseils, les amis.

Je vais donc ne pas précipiter les choses et attendre de voir s'il me contacte ou pas.

Le rencontrer sera difficile car nous sommes très éloignés géographiquement. Ses parents et sa soeur doivent descendre courant juillet, et devraient s'arrêter chez mes parents. Ils souhaiteraient le faire venir.

Si cela devrait se faire, je pense que j'aurai alors l'occasion de le voir et de lui parler. Mais en attendant...

Ecrit par : Pablo | 20 mai 2009

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