06 juin 2009
Pour l'Europe
Tribune de Felipe González,
ancien Président du Gouvernement espagnol,
en vue des élections européennes.
(version originale ici)
J’ai toujours pensé que le destin de l’Espagne était de s’intégrer à ce qu’aujourd’hui, suite au Traité que nous avons négociés il y a 20 ans de cela, nous appelons l’Union Européenne. J’étais et je suis un européen européiste, une chose qui transcende certaines positions idéologiques déterminées, mais qui imprègne l’immense majorité du courant social-démocrate européen. Européens nous le sommes tous, mais européistes nous le sommes moins, il semble même qu’on le soit chaque fois moins.
Nous autres espagnols, sommes européens avec les mêmes droits et devoirs que les autres composants de l’Union depuis le 1er janvier 1986, lorsque nous avons intégrés la Communauté européenne. A l’intérieur de notre pays, l’élan intégrateur fut très grand, même s’il semble qu’il nous quitte lorsque nous en avons le plus besoin.
Les européistes sont les européens qui croient en l’Union européenne comme espace public partagé par les pays membres. Quelque chose de plus, encore que c’est déjà important, qu’un espace de marché unique ou qu’une monnaie commune. C’est ce qui nous permet d’avancer vers une forme de citoyenneté partagée, compatible avec celle de chaque Etat-nation.
Si cela fut, lorsque nous luttions pour cesser d’être les sujets d’une dictature qui nous éloignait du destin commun de l’Europe des libertés et de la justice sociale, cela devrait l’être encore plus aujourd’hui, contre les courants des nationalismes conservateurs et anti-européens qui paraissent dominer la scène, en freinant la constructions d’une Europe capable d’affronter, unie, les grands défis de la mondialisation.
C’est pour cela que le compromis d’alors, qui m’amena à lutter pour briser les barrières qui nous séparaient et à être l’un des plus actifs dans la construction d’une Europe plus intégrée, plus solidaire, plus politique, plus significative pour ses citoyens et pour le monde, s’est renforcé aujourd’hui face à la crise et à la récession mondiale que nous sommes en train de vivre. Il s’est renforcé depuis la connaissance rationnelle des défis globaux auxquels nous nous confrontons. Avec l’Europe nous pouvons faire des choses très importantes, sans elle, nous serions insignifiants dans le contexte mondial. Cela vaut pour nous mais aussi pour les autres pays de l’Union, qu’ils soient grands, moyens ou petits.
C’est pour cela que je participe à la campagne électorale pour le Parlement Européen, en expliquant son importance, biaisée par (un griterio) vide de sens, chargée de lieux communs et de démagogies locales.
On continue de voir l’Europe comme quelques chose d’étranger et d’éloigné, et non comme une chose nous appartenant, et qui conditionne notre destin, pour le meilleur lorsque se font les choses qui doivent se faire, ou pour le pire, lorsqu’on renonce à utiliser l’unique grand instrument que nous disposons pour faire face à la crise financière globale, à la récession mondiale, ou aux défis comme l’énergie et le changement climatique, comme le passage d’une société industrielle à une société basé sur la connaissance à laquelle il faudra adapter notre cohésion sociale. Ou encore pour affronter des problèmes et des besoins comme la régulation des flux migratoires. Ou enfin pour affronter le défi de la criminalité organisée et du terrorisme international.
Domine aujourd’hui la nouvelle de la faillite de General Motors, icône nord-américain et mondial de l’industrie la plus représentative de l’ère industrielle. Nous voyons sa répercussion européenne et nous assistons à ce phénomène comme à quelque chose qui nous affecte, mais sans le mettre en relation aux élections du 7 juin, avec les possibilités et les difficultés de l’Europe. Comment peut on garder cette cécité localo-locale dans le débat ? Des milliers d’emplois sont en jeu, le futur d’une industrie, qui avec d’autres, ont été l’essence du modèle européen de développement et de bien être social comme puissance industrielle. Ici nous discutons des mesures d’aide du Gouvernement et nous dispersons, dans certaines Communautés autonomes, l’effort nécessaire. Il devrait être européen, mais nous ne le concevons même pas comme un effort national. Quelle absurde conception des problèmes !
A l’exemple de sa voisine américaine, l’industrie automobile européenne devra s’interroger sur sa capacité à faire face à la concurrence sur la scène mondiale, sinon les aides resteront du pain pour aujourd’hui en attendant la faim du lendemain, à la charge du contribuable. Ce n’est pas un défi auquel l’Espagne peut faire face en tant que pays. Ni la France, ni l’Allemagne, ni l’Italie. Il faut que l’Europe s’en occupe, comme tentent de le faire les Etats-Unis. De la même manière, il lui revient d’appréhender la crise financière et les normes de contrôle du système et des entités. Il doit y avoir un cadre régulateur européen, pour des entités qui travaillent dans toute l’Europe, et dans le monde. Par ailleurs, il faut négocier ce cadre de régulation avec les autres : les Etats-Unis, le Japon, la Chine, le Brésil, le Mexique etc. Dans le cas contraire, à peine sortie de cette crise, nous serons en trains de préparer la suivante.
L’Europe dépend des énergies fossiles dans un pourcentage voisin à celui des Etats-Unis et a contribué au changement climatique en raison de l’usage et de la consommation de ces dernières. Est-il possible de rester chaque pays de son coté, au moment d’élaborer une stratégie énergétique qui soit respectée, qui induise un nouveau modèle de production et de consommation, qui nous donne un avantage dans la lutte contre le changement climatique ?
Nous pourrions continuer avec tout type de problème, de défis que nous avons à affronter mais nous nous croiserions toujours l’espace européen comme une nécessité pour articuler les stratégies à succès : migrations, sécurité, politique extérieure…
Le Parlement européen co-légifère pour nous tous dans les 70% des normes qui nous affectent. Son pouvoir budgétaire et législatif va augmenter. Nous devons décider si les majorités qui les intègrent seront en faveur de l’Union européenne avec des objectifs qui conditionne notre future, ou en seront opposés, avec des politiques moins européennes et plus nationalistes.
Le vote pèse pour orienter la sortie de crise, pour atteindre un Parlement capable de faire des propositions de dialogue social, économique et politique qui nous rapprochent des accords dont nous avons besoins dans les domaines que j’ai déjà mentionné. Quel domage que nous ne soyons pas capable de créer une conscience citoyenne pour que tout le monde ait envie de voter. Et décider du destin de l’Europe qui est le notre !
10:00 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : europe, espagne, social-démocratie, felipe gonzalez
04 juin 2009
Un programme, une majorité et un candidat pour changer l’Europe
Déclaration par des personnalités de la famille socialiste et social-démocrate
La crise en cours a ouvert une période de choix historiques. Ceci peut conduire soit à une dépression avec chômage en masse nouée avec un repli économique et politique, soit à une opportunité unique de faire émerger un nouveau model de croissance avec plus de justice sociale et développement durable noué avec la réforme de l’ordre internationale.
Les socialistes et les social-démocrates ont une responsabilité centrale en face de ces choix historiques. C’est à eux de présenter des proposions pour cette transformation. C’est à eux de lutter par le leadership au niveau national, Européen et international.
C’est pourquoi les prochaines élections européennes sont particulièrement décisives. Les socialistes et les social-démocrates ont été déjà capables de présenter un plan pour dépasser cette crise qui définit une vraie alternative et qui montre pourquoi une solution durable exige une Europe plus forte, capable d’éviter le chômage en masse, de coordonner la relance économique, de réformer le système financier, de promouvoir la croissance verte et intelligente et d’émerger comme un vrai acteur mondial dans la réforme de l’ordre mondial.
L’alternative socialiste et social-démocrate est claire. Il faut maintenant la traduire dans les meilleurs résultats électoraux, visant à renforcer la présence des socialistes et des social-démocrates dans les institutions européennes, pas seulement dans le Parlement Européen mais aussi dans la Commission et dans le Conseil.
Le parti populaire européen (PPE) a déjà soutenu son candidat officiel pour la Présidence de la Commission Européenne. C’est avec expectative que les socialistes et les social-démocrates et beaucoup d’autres progressistes attendent un candidat provenant du Parti Socialiste Européen, le seul parti européen qui peut présenter une vraie alternative à la direction européenne par le PPE. Dans la situation économique et politique présente, il est possible de faire émerger une nouvelle majorité dans le Parlement Européen, créant une réelle opportunité pour un candidat du Parti Socialiste Européen.
C’est avec ce propos que nous dirigeons cet appel aux socialistes et social-democrates, sur la base de notre responsabilité historique commune, pour que ce nouveau pas fondamental soit entrepris.
Felipe GONZÁLEZ, ancien premier-ministre de l’Espagne
Lionel JOSPIN, ancien premier-ministre de la France
Paavo LIPPONEN, ancien premier-ministre de la Finlande
Aleksander KWASNIEWSKI, ancien président de la république de la Pologne
Gerard SCHROEDER, ancien premier-ministre de l’Allemagne
Constantino SIMITIS, ancien premier-ministre de la Grèce
Mário SOARES, ancien président de la république et premier-ministre du Portugal
Franz VRANITZKY, ancien premier-ministre de l’Autriche
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Hier soir a eu lieu le dernier meeting de campagne de la liste socialiste du Grand Sud, conduite par Kader Arif. Mentor politique mais surtout ami de longue date de ce dernier, Lionel Jospin était présent et a tenu à s'exprimer. Depuis son retrait en 2002, la parole du dernier Premier Ministre socialiste de l'histoire de France - et on espère qu'il y en aura d'autres - s'est faite plutot rare. C'est donc avec plaisir et une attention particulière que les militants l'ont écouté hier soir. Avec sa voix forte et qui porte, et son style bien à lui, il a mis de l'ambiance dans la salle. Il a surtout fait une très intéressante critique du lynchage médiatique que subit le Parti socialiste actuellement. Ses propos viennent conforter ma réflexion récente sur la dérive des média français et la nécessité pour la Gauche de se mobiliser. Il a enfin appelé à voter massivement pour les listes socialistes en France et en Europe. Gageons que sa parole soit entendue.
09:42 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : europe, social-démocratie, felipe gonzalez, jospin



