21 mai 2009
La Guerre d'Espagne et son oublie
Là où l’histoire s'appuie sur la connaissance du passé, la mémoire renvoie au souvenir. Avec le temps, le souvenir se détériore et se perd. Le sens du souvenir échappe aux générations futures, à qui les survivants s'efforcent pourtant de transmettre leur mémoire. L'histoire est un discours scientifique que des moyens officiels s'efforcent souvent de soutenir. Si l'historien oriente son travail, le discours officiel tend alors à supplanter la mémoire. Si la mémoire s'efface, si l'histoire réécrit, les traces s'estompent alors dans un silence honteux. C’est un peu ce qui se passe avec la Guerre Civile espagnole. C'est quasiment dans l'indifférence que se commémorent en 2009 les soixante-dix ans de sa conclusion. Rappelons les faits.
Le 14 avril 1931, l’Espagne rompt avec le régime monarchique et épouse, pour la deuxième fois de son histoire, la République. La Gauche entreprend de grandes réformes sociales (en matière d’éducation, de laïcité, de répartition des terres etc.) qui sont stoppées par la Droite lorsque elle arrive aux affaires. L’époque est marquée par l’instabilité des gouvernements et la multiplication des mouvements sociaux. Les élections générales de février 1936 voient la victoire du Frente Popular (Front Populaire), qui rassemble les forces de gauche, avec le soutien électoral des anarchistes et du syndicat socialiste UGT. Mais le 17 juillet, de la même année, un groupe de généraux, Franco en tête, font un Pronunciamiento et déclare « l’état de guerre ».
S’ensuit alors une guerre civile qui va durer trois ans et causer entre 380 000 et 450 000 morts. Le pays se trouve divisé entre le camp national et le camp républicain. Sous l’égide de Franco, le Mouvement National rassemble la haute bourgeoisie espagnole, l’Eglise catholique (le Pape Pie XI soutient le coup d’Etat), les monarchistes, les militaires conservateurs et les mouvements fascistes tels que la Phalange). Le camp républicain regroupe les modérés, les socialistes, les communistes (PCE, POUM), les mouvances anarchistes (CNT).
La Guerre d’Espagne prend très vite une dimension internationale. Franco reçoit le soutien militaire et politique de l’Allemagne nazie et de l’Italie fasciste. La République espagnole, abandonnée à son triste sort par la France et la Grande Bretagne qui proclament leur neutralité, pourra compter sur l’aide, tardive, de l’URSS et le renfort des Brigades Internationales, corps de combattants volontaires (dans lesquels on retrouve Malraux, Hemingway, Orwell etc.). La division du camp républicain et l’inégal rapport de forces scelle le destin de l’Espagne républicaine : le 1er avril 1939, Franco décrète la fin de la guerre. La dictature franquiste s’installe. Des milliers de combattants prennent le chemin de l’Exil.
Trente ans après le retour de la démocratie en Espagne, les espagnols ne se sont pas encore réconciliés avec leur passé. La Guerre civile et les méfaits de la dictature franquiste restent un sujet tabou. Pour autant le gouvernement socialiste de José Luis Zapatero, lui même petit fils de républicain, a fait adopter la Loi sur la Mémoire historique visant à indemniser les victimes et rétablir une certaine vérité sur cette période. Reste malgré tout l’épineux problème des fosses communes où restent enterrés des milliers d’espagnols.
NB: Ceci est une version provisoire à destination du journal de ma section socialiste. Il y a des chances que le texte soit simplifié par manque de place. Mais pour la version internet, j'espère trouver l'inspiration pour étoffer davantage les propos. Il y a quand meme pas mal de choses à dire...
http://www.lasonet.com/republica.htm
http://www.guerracivil1936.galeon.com/
22:50 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (10) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : espagne, mémoire, psoe, zapatero, europe, élections
09 mai 2009
La lucha contra las 65 horas en el Parlamento europeo
Pour une majorité de gauche au Parlement européen
Votez P.S.E le 7 juin prochain !
09:55 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : psoe, europe, capitalisme, gauche, social-démocratie
18 avril 2009
Changement de gouvernement en Espagne
L’actualité espagnole a été marquée la semaine dernière par un fait politique majeur : un changement de gouvernement. Tout juste un an après les élections générales, où les socialistes étaient reconduits à la majorité relative, José Luis Rodriguez Zapatero, Président du Gouvernement, a présenté la composition de son nouveau gouvernement, le troisième qu’il dirige depuis son arrivée en 2004 à La Moncloa, le Matignon espagnol.
En pratique, le changement de gouvernement a d’abord conduit à une réorganisation des compétences des 14 (ou 16) ministères puis à la composition d’une nouvelle équipe. Du côté de la répartition des compétences, il faut noter la création d’une troisième vice-présidence, dédiée aux politiques territoriales ; le rattachement des Universités au Ministère de l’Education alors qu’elles avaient été séparés de ce dernier ; la prise en charge des services sociaux par le Ministère de la Santé, ce qui constitue le troisième ministère à prendre en charge ces fonctions en cinq ans ; et enfin l’adhésion de la Fonction Publique et le Conseil Supérieur du Sport aux services de la Présidence.
Côté casting, José Luis Zapatero a introduit six nouveaux ministres et changé de place à aux moins deux ministres. La relève la plus marquante reste celle de Pedro Solbes, deuxième vice-président, en charge de l’économie et des finances, par Elena Salgado, qui occupait jusque là le Ministère des Administrations Publiques, et qui devient la première femme à occuper le poste de grand argentier. Solbes, qui avait accepté en 2008 de rester au gouvernement à condition de ne pas faire toute la législature (quatre ans), reste le symbole d'une gestion socialiste de l'économie à la fois austère, modeste mais capable d'alimenter la croissance.
Parmi les nouveaux ministres, il convient de distinguer ceux issus de la société civile (la ministre de la Culture et cinéaste Angeles Gonzalez Sinde; le ministre de l’Education Angel Gabilondo, président d'université), les techniciens (Elena Selgado, le ministre de la justice Francisco Caamaño) et les poids-lours politiques (le 3ème vice-président Manuel Chaves, le ministre de l’Equipement José Blanco et la ministre de la Santé Trinidad Jiménez), hauts-responsables du PSOE et proches du "courant" de Zapatero, "Nueva Via".
(cliquer dessus pour agrandir l'image)
Mais comment expliquer un changement de gouvernement à peine un an après les dernières élections générales ? Remarquons déjà que si les titulaires des ministères ont pu changer ces 5 dernières années, l’Espagne n’a connu que 3 gouvernements (dont deux suites aux élections législatives) quand la France en a connu 5 ou 6.
J’entrevois quatre principales raisons qui ont pu conduire le chef du gouvernement espagnol à revoir son équipe. Des raisons qui sont peu ou prou des (semi-)échecs pour la majorité socialiste au pouvoir en Espagne.
En premier lieu, et à mon avis de manière marginale, la grogne étudiante par rapport au Processus de Bologne (qui introduit le système LMD et renforce l’autonomie des universités) et quelques défaillances du système judiciaire ont poussé le chef du gouvernement espagnol à changer les titulaires de ces deux ministères.
Par ailleurs, il semble que la défaite des socialistes espagnols aux élections autonomes partielles (soit les élections des communautés autonomes qui n’ont pas lieues en même temps en Espagne comme le sont les élections régionales) du mois dernier en Galice et le Pays-Basque, soit l’élément qui a avancé la décision de changement de gouvernement. En réalité la défaite est à nuancer parce que si la coalition de gauche n’a pas été reconduite en Galice, les socialistes ont largement progressés au Pays-Basque, laissant même entrevoir que la Présidence de l’Euskadi, jusque là occupé par le nationaliste Ibarretxe, revienne aux socialistes.
Ensuite, vient l’échec des négociations du pacte de financement des Communautés Autonomes. Le sujet était déjà sur le feu l’été dernier et Pedro Solbes, alors ministre de l’économie et des finances, s’était donné 4 à 6 mois pour arriver à un accord. Or, neuf mois après cet engagement, le problème est toujours là. C’est ce qui a motivé la création d’une 3ème vice-présidence consacrée aux questions territoriales et la nomination à ce poste de Manuel Chaves, jusqu’ici Président de la Communauté Autonome d’Andalousie.
C’est un problème à la fois technique - il s’agit autant de financer le Plan Dépendance engagé par le Gouvernement l’an passé (ou il y a deux ans) mais que réalisent les Communautés Autonomes, qu’assurer une solidarité territoriale entre des régions aux compétences largement plus développées qu’en France mais inégalement dotées en ressources financières - et politique - puisque les régions les plus contributives (le Pays-Basque et la Catalgone) sont à la fois celles où s’exprime les plus fortes identités nationalistes et celles qui ont permis la victoire de Zapatero en 2004 comme en 2008. Et comme en plus les socialistes n’ont pas la majorité absolue au Parlement, et dépendent donc des négociations avec les partis nationalistes, le sujet est explosif.
Enfin vient l’ampleur de la crise économique et financière. C’est la principale justification énoncée par José Luis Zapatero pour changer la composition du gouvernement : resserrer et renouveler le gouvernement pour faire face à la crise. Une crise que le gouvernement espagnol, comme bien d’autres en Europe et dans le monde, n’a visiblement pas anticipée et encore moins vraiment gérée.
Car il faut bien comprendre que le gouvernement espagnol a tardé à reconnaitre que l’économie espagnole était en crise. Lors de la campagne législative de l’an passé et presque six mois après, le gouvernement espagnol s’est entêté à utiliser des subterfuges linguistiques pour qualifier la situation économique. A la décharge des mes camarades espagnols, on peut dire que leur économie a quand même été très dynamique ces 12 dernières années et que la situation de leurs finances publiques (taux d’endettement de 30% du PIB et des excédents budgétaires depuis 2000) leur laissait une marge, plus confortable que le gouvernement français, pour agir contre la crise.
La situation financière en Espagne étant moins critique que celle observable aux USA ou au Royaume-Uni - pour des raisons ayant trait au système bancaire espagnol plus prudent - les autorités espagnoles n’ont sans doute pas vu la dimension économique de la crise. Et, en dépit de l’adoption d’un premier plan de relance l’année dernière, la situation économique s’est largement dégradée en deux ans.
Il faut dire que le modèle de croissance économique, basé sur l’endettement des ménages pour booster la consommation et sur la spéculation et la croissance du secteur immobilier (et donc de la construction), et social de l’Espagne, avec une faible protection sociale et un marché du travail largement flexible, montre ses limites. Pire, alors qu’il pouvait être vertueux en tant normal, il semble enfoncer l’économie ibérique dans un cercle vicieux. Il semble que Zapatero en ais pris conscience puisqu'il a parlé d'un "nuevo patrono de desarollo economico".
Cependant, face aux propositions économiques du Parti Populaire (relancer les privatisations, flexibiliser d'avantage le marché du travail, baisse de charges), et en dépit des érrements du gouvernement socialiste espagnol, les socialistes espagnols restent une valeur sûre face à la crise.
Nombre de chômeurs
Taux de croissance du PIB
Taux d'inflation
Taux d'impayés
Nombre d'affiliés à la Sécurité Sociale espagnole
Prix de l'immobilier
Indice de confiance des ménages espangols
12:00 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : espagne, zapatero, économie, psoe
15 mai 2008
A la recherche d'idées
En lisant Le Monde l’autre jour, j’apprends qu’une nouvelle fondation progressiste, intitulée Terra Nova, vient de voir le jour.
Ses membres fondateurs, proche de la gauche sociale-démocrate, ont l’ambition d’être un lieu d’échanges, de production et de diffusion de savoirs, d’analyses et d’expertises pour rénover intellectuellement la gauche progressiste en France et en Europe.
Rassemblant le monde politique, de celui de l’expertise, des intellectuels et de la vie associative, travaillant de concert avec d’autres fondations progressistes en France (Fondation Jean Jaurès, La République des Idées, Les Gracques) comme en Europe (Policy Network, Fundacion Alternativas), ils entendent déconstruire l’idéologie conservatrice pour proposer une alternative de progrès. Enfin, j’apprends avec plaisir que Michel Rocard sera président du comité scientifique.
De l’autre côté des Pyrénées, j’ai appris par le camarade Oscar Cerezal, que José Luis Rodrigues Zapatero a chargé son ministre du travail et des affaires sociales sous la précédente mandature, Jésus Caldera, de créer une macro-fondation. Cette nouvelle structure se donne l’objectif de relancer la réflexion idéologique du PSOE pour les années à venir.
On parle de macro-fondation parce qu’elle envisage de rassembler les cinq grandes fondations existantes, proches ou liées au PSOE. Il s’agit de:
- la Fondation Pablo Iglesias, présidée par Alfonso Guerra,
- la Fondation Jaime Vera, consacrée à la formation des cadres,
- la Fondation Ramon Rubial qui s’occupe de l’émigration et des espagnols à l’étranger,
- la Fondation Progresso Global, présidée par Felipe Gonzalez mais peu active,
- la Fondation Alternativas, partenaire de Terra Nova.
Je connais mal la situation espagnole mais ce rassemblement de fondations en une seule me parait positif.
Par ces fondations, on voit émerger voir se confirmer l’époque des think tanks, ces boites à idées et structures de réseaux, dont la capacité d’expertise et de réflexions programmatiques vise à accompagner le politique dans ses prises de position et de décision. Très présentes outre-Atlantique, elles ont émergées en Europe par l’intermédiaire des institutions européennes qui ne veulent pas dépendre de la seule capacité d’expertises des Etats-membres. Mais ne mélangeons pas tout…
Dans l’article du Monde, il est dit que Terra Nova a vocation d’être pour la gauche ce que des Instituts Montaigne sont pour la droite : une fabrique à produire et diffuser une idéologie. L’histoire des idées est indissociablement liée aux principes d’échange, de diffusion, d’assimilation et de réinterprétation. A l’heure de la mondialisation et des nouvelles technologies de l’information et des communications, les possibilités sont démultipliées. Et quelque part c’est politique parce que le monde des idées est un champ de luttes symboliques, mais qui sert de support à un monde social en conflits (à des niveaux divers d’ailleurs : à travers ce combat d’idées c’est la carrière et la renommée d’universitaires qui est en jeu, mais c’est aussi le support possible d’une grille de lecture du monde social).
L’histoire du paradigme économique monétariste (défendues par les néolibéraux Friedman et Hayek), d’abord minoritaire dans le champ académique dans les années 50 et 60 puis grandement influent dans les années 70 et 80, en particulier dans le monde politique et économique, suffit à le prouver. Une idée s’impose par les stratégies (sociale, de communication etc.) des acteurs qui les portent.
Le travail de ces fondations, déconnectée un temps des stratégies individuelles et des plans de carrières de certain(e), donne l’occasion d’un renouvellement de la matrice intellectuelle et d’une coordination d’une politique de diffusion des idées et propositions qu’il en ressortira. Néanmoins je suis assez perplexe sur les chances de voir émerger une telle stratégie de diffusion d’idées. Par certains aspects, Terra Nova ressemble à « A gauche en Europe » que présidait DSK, et qui assurait bien mal la diffusion des idées qu'il produisait.
Par ailleurs la multiplicité de ces fondations et réseaux d’experts, œuvrant plus ou moins aux mêmes fins et se superposant les unes aux autres, laisse à penser qu’il n’en sortira rien de cohérent, si ce n’est des répétitions. D’autre part, la durée de vie (assez courte dans l’ensemble) et le rythme de productions d’analyses (qui prend nécessairement du temps mais qui tend à s’allonger) de ces boites à idée, renforce mon sentiment de réserve. L’exemple de AG2E et des Gracques est assez parlant.
Et enfin admettons le, ces institutions ont une tendance et un fonctionnement « élitaire » puisqu’elles privilégient la figure de l’expert, du technicien, au citoyen, véritable profane que les média informent peu mais qu’on voudrait pourtant associer à l’entreprise. C’est cette faiblesse là qui doit être au cœur de toute stratégie de diffusion d’idées.
13:09 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (9) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : gauche, psoe, dsk, rocard, alfonso guerra, zapatero, felipe gonzalez
10 mars 2008
Verdict des élections espagnoles : 4 ans de plus pour le PSOE
Le verdict est tombé hier soir à 20h: les Espagnols confirment Zapatero dans ses fonctions de Président de gouvernement en donnant une nouvelle majorité relative au PSOE.
Les premières simulations à l'annonce des résultats accordaient une majorité absolue aux socialistes, mais au fur et à mesure de l'avancement du dépouillement, la franche victoire est devenue relative.
Des résultats plus en détail sur le lien suivant : http://www.elpais.com/especial/elecciones-generales/congr...
La participation a été de 75,32 % soit 2 points de moins que 4 ans plutôt.
Le PSOE gagne 5 sièges par rapport à 2004 mais il lui en manque encore 7 pour atteindre la majorité absolue.
Le PP a progressé en voix et en sièges (5 sièges également). C'est pour lui une "défaite relative". Sa stratégie d'opposition violente et systématique n'a pas été autant sanctionnée qu'on l'aurait cru. Il mobilise toujours autant ses électeurs.
Izquierda Unida continue sa dégringolade et perd 3 sièges, conséquence du monde de scrutin et du vote utile en faveur des socialistes.
Quant aux nationalistes, à l'exception des nationalistes catalanistes (CiU) qui se maintiennent et gagnent un siège, ils sortent fragilisés des ces élections. Le bipartisme s'en trouve accentué.
C'était aussi le vote d'une grande partie des sénateurs. Le PP se maintient mais la gauche progresse bien.
Reste la question des alliances. Le PSOE, ayant épuisé ses réserves sur sa gauche, va-t-il devoir faire alliance avec les nationalistes catalans de droite comme Felipe Gonzalez en 1993 ? Une telle hypothèse mettrait en danger le PSOE en Catalogne, gouvernée par l'alliance PSC-ERC-ICV.
23:35 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (11) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : espagne, élections, zapatero, psoe, europe, felipe gonzalez
08 mars 2008
Le système électoral et partisan espagnol
Dans cette dernière note consacrée aux élections en Espagne avant le vote de dimanche, je voudrai présenter l'originalité du système électoral et partisan espagnol. Cette originalité permet d'expliquer, on le verre, un certain nombre d'enjeux des législatives 2008.
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Le système électoral espagnol pratique le mode de scrutin proportionnel, corrigé par ce qu’on appelle la loi d’Hont (voir wikipédia).
L’Espagne est divisée en 17 Communautés Autonomes, elles mêmes subdivisées en provinces, cadre géographique des circonscriptions électorales. Chaque circonscription détient un minimum légal de deux sièges, le nombre de sièges suivants est attribué proportionnellement à la population de la circonscription. Aussi, les « régions » catalanes, madrilènes et andalouses – les plus peuplés – deviennent les zones clés du scrutin.
En conséquence de ce mode électoral, on observe d’une part une surreprésentation des zones rurales, et d’autre part un « sur coût » en termes de voix, pour l’obtention d’un siège dans les régions plus peuplés par rapport à un siège dans les circonscriptions les moins peuplés. Dans les deux cas, cela favorise tendanciellement le vote conservateur. Par ailleurs, le système électoral espagnol tend au bipartisme mais cela est aussi dû à la spécificité du régime des partis.
* *
En effet, la spécificité du cas espagnol réside dans la superposition du clivage « parti central/parti nationaliste » au clivage « gauche/droite».
On dénombre 3 partis d’envergure nationale :
- le parti de la Gauche Uni (Izquierda Unida), sorte de fédération de parti politique rassemblant communistes et écologistes,
- le Parti Socialiste Ouvrier Espagnol (PSOE)
- le Parti Populaire (PP), l'hégémonique unique parti conservateur espagnol. Il rassemble en son sein toutes les familles de la droite (c'est-à-dire des démocrates chrétiens, néolibéraux et conservateurs jusqu’au nationalistes castillan dans le genre FN (1).
Mais à côté de ces parti de stature nationale, on retrouve des partis nationalistes/ régionalistes, affirmant leur revendication identitaire dans un certain nombre de Communauté Autonome :
- Convergencia i Unio (CiU), parti nationaliste catalan, de droite modéré (influence démocrate chrétien),
- Esquera Republicana Catalunya (ERC) parti nationaliste de gauche catalan (seul parti revendiquant la République
- Initiativa per Catalaunya – Verds (ICV), qui est l’antenne catalane d’Izquierda Unida,
- Partido Nationalista Vasco (PNV), parti de droite chrétienne basque,
- Coalicion Canaria, spécifique aux îles Canaries,
- Bloc National Gallego (BNG), parti régionaliste de gauche en Galice
- Etc...
La liste est loin d’être complète. Certains mouvements et partis régionalistes n’ont pas d’existence parlementaire mais ont une certaine influence locale. C’est l’exemple du Parti Socialiste Andalou (PSA) ou de Parti Aragonais etc.
On peut mentionner aussi l’existence du Parti des Socialistes Catalans (PSC), autonome et distinct du PSOE mais qui reste son représentant en terre catalane.
La présence des ces partis nationalistes n’est pas sans conséquence sur le jeu politique espagnol.
Tout d’abord, bien qu’ils ne présentent de candidats que dans un nombre limité de circonscriptions, ils obtiennent autant, voir plus de sièges, qu’Izquierda Unida pourtant troisième parti d’Espagne en termes de vote.
Ensuite, ces partis identitaires mais de sensibilité de gauche ou de droite selon les cas, concurrencent les trois partis de stature nationale. C’est pourquoi le PP fait de faibles scores en Catalogne et au Pays Basques, où les électeurs ont le choix entre plusieurs droite; ou que le PSOE est fortement concurrencé (via le PSC) par ICV et ERC.
Enfin, ces partis nationalistes départagent le PSOE et le PP, en fonction des alliances conclues, lorsque ceux-ci n’obtiennent qu’une majorité relative. C’est ainsi qu’en 1993 Felipe Gonzalez, n’ayant pas obtenu une majorité absolu pour son 4ème manda, du s’allier avec les nationalistes catalan CiU. Ces derniers se rangèrent derrière Aznar lors des élections générales anticipées de 1996. Dernier exemple en date, José Luis Zapatero a du composer avec l’appui de divers partis nationalistes pour s’assurer une majorité.
* * *
Au regard de ce rapide panorama, il faut donc prendre un peu de distance avec les machines à sondages qui annoncent tambour battant, une victoire socialiste par majorité absolue. En effet le système électoral et partisan joue structurelement en faveur de la droite.
Le Parti Populaire possède un double avantage: Représentant le seul parti de droite au niveau national, il ne risque aucune concurrence sur son flan droite, et bénéficie d'une assez faible volatilité des électeurs entre les deux grands partis pour ne pas être concurrencer sur le centre. Par la suite, le PP (dont le nombre de militants dépasse celui du PSOE, officiellement 600 000 contre 400 000) sait mobiliser ses électeurs. Dans une autre mesure, il bénéficie de l'appuie d'une partie des milieux économiques et médiatiques, qui financent via des dons sa campagne électorale.
De son côté le PSOE est concurrencé sur sa gauche, au niveau national via Izquierda Unida, au niveau régional via les partis nationalistes de gauche. S'il peut se prévaloir d'un bon bilan, un problème patent d'infrastructures (l'affaire de l'AVE reliant Barcelone - Madrid) et la question de l'immigration (et donc de l'intégration) et des nationalismes (notamment catalan) peut lui être fatal. Malgré tout, dans l'hypothèse de résultats sérrés entre le PSOE et le PP nécessitant l'arbitrage des partis nationalistes, il est en meilleure position de recevoir ces appuis, que ne l'est le parti conservateur.
(1) Rappelons que la Parti Populaire a été longtemps présidé par Manuel Fraga, ancien ministre de l’information de Franco.
ERRATUM: quelques articles en complément sur ces élections...
http://www.lemonde.fr/europe/article/2008/03/07/jose-luis...
http://www.lemonde.fr/europe/article/2008/03/07/mariano-r...
http://www.lemonde.fr/europe/article/2008/03/08/les-trent...
16:35 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : espagne, élections, zapatero, psoe, europe, felipe gonzalez
05 mars 2008
Retour sur le face à face Zapatero - Rajoy
Ce dimanche il n’y a pas que les français qui vont aller voter. Nos voisins espagnols sont appelés à élire une nouvelle assemblée nationale (las Cortes) qui désignera de facto, le prochain locataire de La Moncloa , le Matignon espagnol.
Les deux face à face télévisé prévus entre les deux principaux chefs de partis, ont bien eu lieu les lundi 25 février et 4 mars. Il est possible de retrouver la retranscription du premier débat ici.Prologo.pdf
C’est la deuxième élection générale depuis la tenue des premières élections espagnoles en 1977 (soit un total de 9 élections législatives), qui voit s’affronter lors d’un duel télévisé, les chefs des deux premiers partis d’Espagne.
La pratique de tels débats parait aller de soit dans des pays qui possèdent un scrutin présidentiel comme les Etats-Unis ou la France lors du second tour. Mais pour un régime parlementaire où s’affrontent une dizaine de partis, ce face-à-face en campagne, entre les deux plus grandes forces politiques du pays, pose le problème de l’égalité de tous les partis face au temps médiatique.
Mais la présence de partis nationalistes régionaux, concourrant aux côtés des partis d’envergue nationale espagnole, au suffrage universel mais dans la seule zone géographique où s’exprime ces identités, semble justifier cette inégalité de traitement. Pour autant c’est oublier la présence du troisième parti d’envergure nationale. En réalité, ces duels télévisés sont la conséquence d’un système électoral à tendance bipartisan, qu’ils contribuent à renforcer.
Les débats ont bien eu lieux. Ils ont vu s’opposer José Luis Zapatero, président socialiste sortant du gouvernement espagnol, à Marinao Rajoy, chef du premier parti d’opposition. Deux personnalités, deux projets
Le premier débat a montré selon moi une Espagne politiquement crispée. Le ton des deux candidats était quand même assez violent, chacun accusant l’autre, non seulement de mensonges, mais d’indignité par rapport au pays et aux citoyens. C’est aussi un duel très tourné sur le passé puisque chaque candidat a renvoyé l’autre à ses actions politiques passées. Mariano Rajoy, comme à son habitude depuis 4 ans, a dépeint une Espagne brisée par 4 ans de gestion socialiste. Zapatero à de son côté renvoyer son adversaire à ses responsabilités durant les années Aznar.
La stratégie de Rajoy semble « normale » (comme chef d'opposition) même si elle s’en trouve en pratique affaiblie par une violence, une arrogance et une excessivité insoutenable. Celle de Zapatero n’élève pas le débat, même si elle a un sens certain lorsqu’on voit Rajoy assumer fièrement les dérapages du gouvernement Aznar (guerre en Irak, mensonge vis-à-vis de l’attentat du 11 Mars 2004). Zapatero a su défendre son bilan mais s’est parfois perdu dans les statistiques, qui accumulés sur un laps de temps aussi court, conduit à l’overdose. Enfin, Rajoy a centré ses interventions à critiquer la gestion socialiste en ce qui concerne l’immigration (la régularisation massive des travailleurs immigrés), du terrorisme basque (négociation avec l’ETA) et l’organisation politique de l’Espagne (en gros le Statut de la Catalogne ). D’après moi, elles sont exagérées mais elles mobiliseront sûrement son électorat droitier.
Le second débat m’a paru plus détendu et surtout plus intéressant. Les deux candidats ont tour à tour présentés leurs propositions en matière économique, de questions sociales, d’éducation, de logement etc. Les sujets européens, d’environnement ou de politique étrangère (notamment vis-à-vis de l’Amérique Latine) ont été à peine abordés. Le candidat conservateur a de nouveau lancé le débat sur le terrorisme, l’immigration et l’organisation statutaire de l’Espagne, mais avec peut être moins d’agressivité. Mais Zapatero m’a semblé dominer le face-à-face, tant par ses propositions (plus nombreuses que celle du candidat conservateur), que par ses répliques aux diverses attaques. Rajoy a paru parfois désorienté et lent à réagir aux réponses-attaques du président du gouvernement.
Maintenant, la campagne continue jusqu’au 9 mars prochain. Je souhaite pour ma part une victoire socialiste pour un second mandat de Zapatero.
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27 février 2008
Débat Solbes - Pizarro sur l'économie
L'économie semble être devenu un enjeu important dans cette campagne électorale, ce qui ne surprend pas tellement étant donné le ralentissement observé ces derniers mois en réactions aux turbulenses financières de l'été dernier.
Aussi dans l'attente du grand face à face télévisé (qui a eu lieu lundi soir), les deux grands partis politiques espagnols (à savoir le PSOE et le PP) se sont mis d'accord pour organiser un premier débat sur les questions strictement économiques.
Ce débat a eu lieu la semaine dernière. Pedro Solbes, ministre socialiste de l'économie et des finances et second vice- président du gouvernement, s'est vu confronté à Manuel Pizarro, ex-PDG d'une grande banque espagnole et probable ministre de l'économie dans un gouvernent de droite.
Je pense que la stratégie de la droite visant à critiquer les résultats économiques du PSOE ces 4 dernières années est peu pertinente. Emettre des doutes ou faire des contre propositions sur la façon d'agir dans les mois à venir pour faire face au ralentissement prévisible de l'économie espagnole aurait été plus avisé.
Sans vouloir santifier l'action du gouvernement de Zapatero on peut dire quand même que l'économie espagnole s'est assez bien portée ces 4 dernières années. Voyez plutôt: Taux de croissance moyen du PIB de 3%, excédent budgétaire pendant 4 ans, réduction de la dette à 30% du PIB, création de 2 à 3 millions d'emplois en 4 ans, réduction du chomage à 8,2 %, réduction des prélévements obligatoires etc. On en serait presque jaloux :)
Et cette santé économique s'est accompagnée d'une série de mesures sociales tel que l'augmentation du SMIC de 400 à 600 euros, une revalorisation des minimums retraites et autres prestations sociales (allocation chomage et sociale, bourses, congés paternités etc), un vaste plan pour lutter contre la dépendance d'un certain nombre de citoyens. La liste est longue.
L'Espagne revient de très loin. Ce pays s'est métamorphosé en l'espace de 30 ans de façon extraordinaire, politiquement, socialement, culturellement et économiquement parlant. Et aujourd'hui il est dans les mieux placés au niveau européen. Pour autant tout n'est pas rose au pays de Cervantes. J'ai fait part précédement des analyses du professeur Vicenç Navarro sur le sous-développement social de l'Espagne, même si l'action des socialistes a permi de réduire l'écart avec la moyenne européenne de l'UE-15.
De la même façon, le miracle économique espagnol ne doit pas faire illusion. L'Espagne a connu un cycle de croissance soutenue, de 1994 jusqu'à nos jours, essentiellement basé sur le boom de l'immobilier et un taux d'intérêt propice aux affaires. Mais si les indicateurs macroéconomiques précédement cités sont tout à fait positifs, il ne faut pas oublier que l'Espagne connait un faible niveau de productivité (compensé par une durée hebdomadaire et annuel de travail plus importante), un taux d'inflation élevé (2 à 3%) et un déficit de la balance de paiement qui révèle un problème de compétitivité (même si l'Espagne a pénétré et s'est installé sur beaucoup de secteurs).
Mes quelques connaissances économiques m'amène à dire que l'Espagne est dans une bonne position à court et moyen terme, mais qu'elle doit mieux prendre en compte (ils m'ont pas attendu pour le faire bien entendu) ses lacunes structurelles. Cependant la crise financière de l'été dernier risque de casser le cycle de croissance espagnol. Le secteur immobilier est un des moteurs de cette croissance, via l'endettement des ménages espagnols pour l'acquisition de leurs logements. Or les taux d'emprunt ne sont pas fixes mais variables au taux d'intérêt directeur (grosso modo). Tant que le taux d'intérêt directeur (décidé par la BCE) est bas, les remboursements mensuels sont faibles et les ménages espagnols conservent un certain pouvoir d'achat. Mais toute augmentation du taux (comme il vient de se produire) se traduira par une hausse des intérêts à rembourser, ce qui laisse supposer dans le cadre d'une économie d'endettement, une contraction de la demande interne, donc de la consommation (donc une réduction des activités qui ne favorise pas l'emploi et les revenus).
Bien sûr, ce ne sont que des remarques générales à partir de modèles économiques simplifiés. Il y a beaucoup d'aspects de la finance que j'écarte et dont je n'y comprends rien. Du reste, l'Espagne a des marges de manoeuvres suffisantes(budgétaires en particulier) pour faire face à une crise. Reste la question de la sensibilité sociale pour soutenir les laissés pour compte et les égarés des divers revirements du capitalisme financier...
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25 février 2008
Elections générales en Espagne
Jeudi dernier a commencé en Espagne la campagne offici-elle de deux semaines pour les élections générales (i.e législatives) du 9 mars prochain.
Je trouve incroyable de voir à quel point la presse française, en matière de question internationale, est tellement concentrée sur les primaires américaines qu'elle en oublie ce qui se passe de l'autre côté des Pyrénées. Quel contraste avec la presse espagnole, du moins son principal quotidien El Pais, qui parle assez souvent des affaires française !
Pour avoir vécu 6 mois en Espagne et ainsi étudié la politique espagnole, je trouve que le système politique espagnol est tout ce qui a de plus original (bien que proche du modèle britannique). J'y reviendrai plus en détail dans les jours qui viennent. J'avoue que ça me tient à coeur.
Un des enjeux de cette élection est de savoir si la majorité socialiste sortante, menée par le Président du Gouvernement José Luis Zapatero, sera reconduite (et si oui, dans quelle proportion) ou sanctionnée alors au profit de la droite, dirigée par Mariano Rajoy.
Bien que je ne sois pas électeur espagnol et tout en sachant certaines limites de la gestion socialiste des 4 dernières années, je n'hésite pas à dire que "Yo tambien estoy con Zapatero". Ces élections me tiennent d'autant plus à coeur que j'avais (presque) l'occasion, en tant que militant socialiste, d'aller faire campagne sur Madrid avec d'autres jeunes socialistes européens.
Ce soir à 20h30 sur les chaines espagnoles, aura lieu le premier débat télévisé entre les deux principaux candidats. Le second se fera dans une semaine me semble-t-il.

D'un point de vue historique ce sera la deuxième grand face à face télévisé opposant le président du conseil et son premier opposant. Aux Etats Unis lors des primaires comme aux élections présidentielles, le débat télévisé confrontant les principaux candidats est une pratique assez naturelle. En France, c'est devenu une coûtume depuis 1974 pour l'entre deux tours des élections présidentielles, à l'exception de 2002 pour les raisons que l'on sait.
Or en Espagne, le précédent grand débat télévisé (et le premier de l'Espagne démocratique) s'est tenu en 1993. Le socialiste Felipe Gonzalez était alors président du gouvernement (i.e Premier Ministre, le Chef d'Etat étant le roi Juan Carlos 1er) et postulait pour un 4ème mandat. Son concurrent était alors José Maria Aznar, el bigote pour reprendre l'expression de ma mère, chef du Parti Populaire qu'il a contribué à moderniser et "recentrer". L'Espagne connaissait alors une double crise: économique d'abord avec la récession provoquée par une série d'attaques spéculatives contre les monnaies européennes, et de confiance politique ensuite, puisque éclataient les premières affaires de corruption. Le charismatique Felipe Gonzalez se lançait en campagne donné perdant. Les deux débats télévisés lui permirent, du moins on le dit, de l'emporter au final.
Aussi 3 ans plus tard lorsque Felipe Gonzales provoqua des élections anticipées, il proposa un nouveau duel télévisé. Mais Aznar, se souvenant du précédent exercice, refusa net. Et en 1996, le Parti Populaire l'emporta après 14 ans d'opposition. Par la suite, "los "populares" Aznar puis Rajoy (le successeur d'Aznar après ses deux mandats consécutifs) refusèrent toute confrontration télévisuelle: en 2000 contre le socialiste Joaquim Almunia, et en 2004 contre Zapatero.
20:30 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : espagne, élections, europe, psoe, zapatero, rajoy
22 octobre 2007
Alfonso Guerra

Lors de mon séjour académique en Espagne, j’ai assisté à une conférence sur le processus d’élaboration de la constitution lors de la transition espagnole, avec comme invité de marque : Alfonso Guerra.
Je suppose que le nom du personnage ne vous dit rien. Je vous rassure le jour de la conférence, j’étais dans la même situation que vous. En fait, ce monsieur est socialiste espagnol et à ce titre, il a joué un rôle important dans la reconstruction du PSOE (Parti Socialiste Ouvrier Espagnol) pendant la dictature jusqu’aux premières élections démocratiques. Mais il a aussi joué un rôle dans la construction du consensus politique nécessaire à la rédaction de la Constitution espagnole de 1977. Par la suite, de 1982 jusqu’à 1991, il a été vice-président du gouvernement espagnol, alors dirigé par Felipe Gonzalez.
Je pourrai faire un billet uniquement sur le thème de la transition espagnole, et l’événement est important et riches d’enseignement, mais je préfère aborder les mémoires politiques qu’a rédigé ce personnage atypique, et que j’ai eu plaisir à lire cet été.
L’exercice des mémoires politiques, d’autobiographie, est un exercice délicat. Tant pour celui qui l’écrit que pour celui qui les lit. L’auteur y restitue des événements, des ressentis, un vécu avec finalement le ressenti du temps présent et la sélection inconsciente et consciente qu’effectue notre mémoire. Le lecteur, encore plus lorsqu’il s’agit de mémoires politiques, a de son côté une connaissance personnelle (son propre vécu et sa propre perception/interprétation) et collective (ce qu’on a pu lui apprendre de cette période), des événements qui sont narrés dans les mémoires écrites de l’homme politique. Les autobiographies/mémoires politiques sont donc des points de vues, jamais vraiment objectifs mais pas non plus sciemment réécrits. Mais après tout le lecteur n'est jamais objectif dans ce type de lecture, on s'y lance avec des a priori, on en ressort pas indeme non plus.
Les mémoires politiques d’Alfonso Guerra sont regroupés en deux tomes : Cuando el tiempo nos alcanza et Dejando atrás los vientos. Traduit en français cela donne : « Quand le temps nous rattrape » et « En laissant derrière nous le vent/la tempête ». C’est une traduction littérale. J’ai souhaité les lires parce que l’auteur m’avait fait bonne impression lors de cette conférence avec son franc parler et ses convictions ; mais aussi pour comprendre un peu l’histoire du PSOE et de l’Espagne.
Le premier livre couvre la période de 1940 à 1982, c'est-à-dire une période qui va de l’année de naissance d’Alfonso Guerra jusqu’à la victoire du PSOE aux élections générales espagnoles. Il relate alors son enfance, il est le dixième d’une famille andalouse assez pauvre. Il aborde ses premiers rapports à l’amour et à la politique (son père est un républicain socialiste). Il raconte ses premières journées d’écoles, chez les religieuses, sachant déjà lire et écrire, on le fait passer les classes. Il sera un brillant étudiant, passionné de littératures espagnoles (1) et de théâtre, il consacre plusieurs chapitres tout au long des deux tomes, à des auteurs espagnols ou sud-américains. Il fait des études d’ingénieurs pour faire plaisir à ses proches.
Il consacre la seconde partie de son livre à son passage au socialisme et en politique. Ce qui est fondamental dans le parcours de cet homme, c’est qu’il rentre en politique (pas le métier politique qui n’a pas de sens dans une dictature surtout pas lorsqu’on est un opposant à celle-ci) par le biais de la culture. C’est parce que la dictature franquiste/fasciste interdit la lecture d’œuvres jugées subversives, et qu’il est soumis à cette censure dans le cadre du théâtre qu’il pratique, qu’il entre en politique. Et s’il rejette le communisme, très présent symboliquement et numériquement en Espagne d’alors, c’est aussi parce qu’on y interdit la lecture d’auteurs étrangers à la ligne du Parti.
Il rapporte ensuite sa rencontre avec des membres du PSOE clandestin (je rappelle qu’il est interdit en Espagne), sa lecture d’auteurs socialistes espagnols (dont Pablo Iglesia, père fondateur du PSOE) et étrangers, la mise en place d’une organisation de militants actifs. C’est alors qu’il rencontre Felipe Gonzales avec qui il se lie d’une solide amitié, que seule la pratique du pouvoir (au gouvernement donc) détériorera.
Sous la menace permanente du contrôle policier répressif de la dictature, il participe à la rencontre et à la fusion de plusieurs groupes socialistes jusqu’ici isolés partout en Espagne, en une entité le « PSOE de l’Intérieur » en référence (et en contraste) au PSOE officiel en exil en France, réfugié à Toulouse (2).
Il entretient justement des contacts conflictuels avec la direction du PSOE en exil, parce qu’il y a une différence de génération, parce qu’elle est surveillé par la police franquiste, parce qu’elle est enfermée dans ses luttes internes. Les « vieux » dirigeants de l’exil semblent se méfier du travail et surtout de l’influence de ces jeunes dirigeants de l’intérieur. Ce sera au travers du soutient apporté par les partis de l’Internationale Socialiste (avec en tête Willy Brandt) que les jeunes socialistes de l’intérieur gagneront la légitimité de diriger le PSOE. Je crois que c’est par un meeting en France, que les représentants du PSOE réunifié désigneront Felipe Gonzalez secrétaire général du parti.
Au travers des chapitres, les années passants, le contrôle répressif de la dictature se relâche. Le dictateur vieillissant, le système et le régime se préparent à sa succession et aux changements. Le PSOE bien qu’illégal est toléré. Franco meurt, Juan Carlos accède au trône. Adolfo Suarez succède à Arrias Navarro, et engage les réformes politiques et le processus de transition. Les premières élections générales ont lieux en 1977, Alfonso Guerra prend en charge la campagne du PSOE qui obtient 118 sièges. Il raconte à l’occasion de petites anecdotes sur le déroulement des élections, forcément le peuple espagnol n’ayant pas voté depuis 41 ans, les gourdes se multiplient.

Il explique aussi le Congrès du PSOE de 1979 par lequel le parti se convertit au réformisme. J’aborde cet épisode à l’adresse des socialistes français. Tout a commencé par une interview à quelques jours du Congrès, de Felipe Gonzalez dans le journal El Pais. Felipe annonce le souhait que son parti abandonne les références marxistes. Du coup les socialistes s’agitent et le Congrès tourne vite autour de la question d’une ligne « marxiste » ou « pas marxiste ». La ligne non marxiste est défendue par Joaquim Almunia, la ligne marxiste par Peces-Barba et une partie des socialistes de la direction de l’exil. Le vote tombe, le Congrès vote la ligne marxiste. Felipe Gonzalez démissionne donc, à la surprise générale des militants et représentants qui souhaitait garder le charismatique « Felipe ». Une nouvelle direction se forme mais on annonce un Congrès extraordinaire. C’est au cours de celui-ci que le PSOE adopte une résolution fourre tout dans lequel il garde le marxisme comme référence historique tout en n’en faisant pas une grille de lecture première, ce qui permet à Felipe Gonzalez d’être re-désigné secrétaire général. Alfonso Guerra penchait pour la ligne non-marxiste mais n'en faisait pas une affaire de priorité. Il juge en tout cas que cette crise a été salutaire pour la suite du PSOE, notamment lorsque celui ci accède au pouvoir.
Après la tentative de coup d’Etat de février 1981 par le lieutenant-colonel Terejo, épisode au quel Alfonso Guerra consacre un très long chapitre mêlant vécu et analyse a posteriori, les élections générales du 28 octobre 1982 donnent la majorité absolue au PSOE.

Lors d'un Congrès du PSOE à Paris, bien avant 1982, François Mitterrand appelle les socialistes espagnols à prendre en compte le fait qu'ils seront amenés à prendre le pouvoir, que le thématique du pouvoir ne sera pas pour la génération suivante, mais bien pour celle-ci. Alfonso Guerra refuse de se projeter dans cette optique là, et ce n'est que sur l'insistance de Felipe Gonzales, qu'il accepte d'entrer au gouvernement comme vice-président (en quelque sorte, premier ministre bis). Il y restera jusqu'en 1991.
Cette période des responsabilités c'est l'objet du second tome.
On saisit mal les charges qui incombent au vice-président du gouvernement à part celui de remplaçant du président du gouvernement lorsque celui-ci part en déplacement. De fait, Alfonso Guerra jouit d'une grande liberté d'action avec une administration qui compte une dizaine de personne tout au plus. Cela n'empeche pas le vice-président d'agir.
Il raconte alors comment il a eu à gérer une prise d'otage de ressortissants espagnols en Algérie, ou comment il a eu à traiter avec l'Eglise pour la pacification des relations Etat-Eglise. Il explique comment avec Felipe Gonzales ils arrivent à imposer l'autorité sur les forces Armée et à gagner leur respect (lors de l'enterrement d'une officier). Il explique aussi qu'il a contribué à renforcer la coopération anti-terroriste entre la France et l'Espagne suite à une conversation avec Lionel Jospin, Premier Secrétaire du PS français. Il aborde également les difficiles négotiations avec les Etats-Unis pour la rénovation des accords militaires USA-Espagne.
En matière d'affaires étrangères, il apporte son témoignage sur la révolution au Nicaragua, sur le régime castriste, sur l'évolution et la décadence de l'URSS (lorsqu'il est invité à cérémonie pour la mort de Brejnev), sur les changements opérés en Chine (il rencontre Deng Xiaping). Il semble s'être lié d'amitié avec Gorbatchev, le président de la République italienne ou encore Oskar Lanfontaine.
Le reste du livre est centré sur la pratique, l'exercice du pouvoir et ce qu'il faut endurer. C'est marrant de voir qu'Alfonso Guerra pense et propose plusieurs fois sa démission qui est toujours refusé par le président du gouvernement. Pour lui le pouvoir a été une sorte de sacrifice, puisqu'il a du délaissé ses enfants pour assurer les responsabilités et répondre à la confiance que les gens lui ont témoigné.
On voit que dès l'arrivé aux pouvoirs des socialistes espagnols, des tensions apparaissent au sein du gouvernement. Tensions entre les ministres en charges des affaires économiques et les ministres en charges des affaires sociales, j'ai envie de dire, tensio classique entre les ministres qui tiennent la bourse et les ministres de dépenses. Mais au delà, c'est une fracture qui apparait entre les tenants d'une ligne plus social-démocrate et les tenants d'une ligne social-libéral. Pour certains, en France notamment, social-démocrate et social-libéral c'est la même chose, mais je pense que c'est pas vraiment le cas. Les tensions vont jusqu'à créer une crise ministérielle lorsque le ministre de l'économie (Boyer) devant les média, se permet de distribuer les bons points aux différents ministres avec comme ambition d'être nommer vice-président. Ce qu'il ne sera pas. L'auteur raconte alors comment il s'est efforcé de rassurer un certain nombre de ministres parmis lesquels Solchaga, qui deviendra plus tard l'ennemi déclaré de Guerra.
Il est aussi question des critiques qu'il a du supporter de la part de la droite (parti populaire alors dirigé par le franquiste Fraga) mais surtout des média qui ne cessent de vilipender toute action de sa part avec des procédés par toujours déontologiques (interviews tronqués ou orientés). Et étant donné qu'il y revient souvent, on comprend que c'est quelque chose qui l'a profondément blessé. Les média n'ont cessé d'avoir une relation ambigue à son égard puisqu'ils le persecutent en même temps qu'ils le solicitent, sans succès, pour un interview ou une prestation télévisée très souvent assurée de succès dans l'audimètre. A mon avis, son franc parler et surtout sa grande ironie y sont pour beaucoup.
Une série de chapitres sont consacrés à deux évenements majeurs, du moins qui me semblent l'être, à savoir: le divorce entre le syndicat socialiste UGT (Union Générale des Travailleurs) et le PSOE/Gouvernement d'une part, et le réferendum sur l'OTAN d'autre part. Alfonso Guerra raconte comment le comportement de certains ministres vis à vis des syndicats ET la concurrence que souffrait UGT de la part de Comisiones Obreras (CCOO), l'autre grand syndicat, ont tué l'union syndicat-parti. Une union qui date des origines du syndicat en 1888, fondé par Pablo Iglesias (le PSOE lui étant créée en 1879). Concernant l'OTAN, il faut comprendre que le PSOE a promis en 1982 un réferendum concernant le maintient ou non de l'Espagne dans l'organisation transatlantique, avec quand même un penchant pour le non. Or pour le referendum de 1986, les socialistes se retrouvent les seuls à défendre le OUI contre les communistes et la droite qui prône l'abstention.
Alfonso Guerra se présente un peu comme l'ingénieur du consensus au sein du PSOE comme au sein du gouvernement. Il essaye toujours, dans les respect de la hierarchie qu'il s'impose face à Felipe Gonzales, seul détenteur selon lui de la légitimité des urnes, de calmer les tensions internes entre les ministres ou dans les affaires du PSOE, ce qui assurément renforce cette idée qu'il en est le maitre tout puissant. Mais il comprend bien lors de la préparation de l'Expo de 1992 à Séville ou bien lors de l'élaboration du Programme 2000 en 1990, qu'il est contesté par une partie des socialistes de la ligne social-libérale. Les relations avec Felipe Gonzales se dégradent, ce dernier semblant se rapprocher de la ligne des "rénovateurs". Le Congrès de 1991 symbolise la guerre ouverte entre ce que les média appellent les "guerristas" (partisants de Guerra) et les "renovadores" (rénovateurs/réformateurs/modernisateurs). Les "guerristas" gagnent le Congrès mais Alfonso Guerra, suite à une lettre très personnelle de Felipe Gonzalez, décide de quitter le gouvernement pour se consacrer au Parti. Pour la petite histoire, c'est au cours du Congrès de 1994 que les "renovadores" l'emportent sur les "guerristas".
Ainsi s'achève les mémoires politiques d'Alfonso Guerra. Peut être écrira-t-il ce qu'il a fait depuis dans un 3eme tome... Je pense que ça en vaudrait la peine.
* * *
Depuis que j'ai achevé la lecture de ces mémoires politiques, j'avais en tête de rédiger une note la dessus. Là voilà donc. Elle est longue car très détaillé. J'aurai pu être plus précis dans les anecdotes ou les positions de l'auteur en ce qui concerne les privatisations/nationalisations, le socialisme au XXIème siècle, sur les nationalismes en Espagne, sur ce qu'il pense de l'action du gouvernement auquel il a appartenu... mais pour des non espagnols, ça n'a peut être pas tellement d'intérêt.
Je vous avoue avoir vraiment aimé ces deux livres. Le style de l’auteur, sa franchise, son ironie parfois, m(ont plu. Ces deux livres me paraissent être un formidable témoignage de 50 années d’histoire espagnole, avec l’évolution de la société espagnole qui va avec et l'évolution d'un parti qui passe de la clandestinité aux responsabilités politiques pendant 14 ans. C'est aussi une leçon de vie et une leçon de politique.
Pour finir je donnerai mon humble et naive opinion: le socialisme espagnol, avec tous ses défauts, a beaucoup apporté à l'Espagne en l'espace de 30 ans de démocraties.
Ils ont consolidés la démocratie espagnole,
Ils ont mis en place un welfare state inexistant auparavent,
Ils ont restructurer l'économie espagnole à l'aide des subventions européennes,
Ils ont fait entrer l'Espagne dans l'Europe et ont contribués, surtout dans les années 80, à renforcer l'Europe,
Ils ont symbolisé le retour de l'Espagne sur la scène internationale à travers l'euroméditerranée et la politique latinoaméricaine.
(1) Je l'aborde peu hélàs dans mon propos mais j'ai une mémoire des noms catastrophique, mais j'insiste, la culture et la littérature sont très présent chez cet homme.
(2) C’est pour ça que pendant longtemps le PS français et le PSOE ont eut des liens très forts, et ça a joué dans les années 80. C'est beaucoup moins vrai aujourd’hui, c’est une autre génération aussi.
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