08 avril 2009

The Plot Against America

En 2006 paraissait La complot contre l’Amérique de l’écrivain américain Philip Roth. La première de couverture du livre – un timbre et une croix gammée – et surtout le scénario – l’arrivée au pouvoir en 1940 de Charles Lindbergh sur la base d’un programme anti-guerre et antisémite – avait attirée mon attention. Mais je n’ai acheté le livre que l’été dernier, pour le prêter de suite à un amis, et ne l’ai lu qu’entre novembre et décembre.

 

Que ce serait-il passé si Charles Lindbergh, connu pour ses exploits aéronautiques comme pour ses opinions antisémites, avait accédé à la Maison Blanche alors que l’Europe puis le Monde s’engageait dans une nouvelle guerre mondiale ? Philip Roth, qui était âgé de sept ans en 1940, opte pour le récit partiellement autobiographique pour imaginer puis décrire le vécu et le ressentie de sa famille, de confession juive, face aux évènements.

 

Dans les premiers chapitres, le décor familial est planté. La famille Roth, issue de la petite classe moyenne, vie modestement dans les quartiers juifs de New York (?). Le père qui travaille dans les assurances est un supporter du grand Roosevelt. La mère, femme au foyer, est une femme discrète. Philip est alors un enfant effacé, collectionnant les timbres, entre le grand frère, un artiste en herbe qui sait attirer l’attention, et Calvin, le cousin orphelin, quasiment jeune adulte, que ses parents ont recueillit.


Lorsque Lindbergh fait ses premières déclarations, le sujet anime le débat de la communauté juive mais n’inquiète pas outre mesure. Or l’aviateur, fort de son statut de héros national, voit sa popularité augmenter en jouant sur la fibre isolationniste des Américains. Il finit par être investie, de façon inattendue, lors des primaires du Parti Républicain, pour affronter Roosevelt aux élections présidentielles de 1940. Accusant ce dernier de vouloir conduire les Etats-Unis dans une guerre qui n’est pas la leur, sous l’influence de « lobbies étrangers » (anglais, juifs et communistes), Lindbergh finit par être rallié par un rabbin d'influence, invalidant les attaques sur son supposé antisémitisme. Il finit par battre Roosevelt en promettant aux Américains de signer un traité de non agression avec l’Allemagne nazie.


La petite vie tranquille de la famille Roth est alors rompue. Calvin décide de s’engager dans les forces canadiennes pour aller combattre le nazisme en Europe, il en reviendra mutilé. La famille Roth subie les premières discriminations anti-juives lors d’un voyage à Washington. La belle sœur vante aux Roth les mérites du Président Lindbergh et se rapproche du Rabbin qui soutient ce dernier. Le frère de Philip participe à une opération lancée par le gouvernement américain visant à placer les enfants juifs, sur la base du volontariat et pour quelques mois, dans une famille américaine classique. Du haut de ses 10 ans, l’enfant en ressort supporter convaincu de Lindbergh. La cohésion familiale en prend un coup.


Je n’en dirai pas plus sur l'histoire pour ne pas gâcher le plaisir de découvrir le livre.

 

Tout au long du roman, Roth alterne entre le regard impuissant mais saisissant de l’enfant sur le désarroi et la panique de ses parents face aux évènements et la vie et les préoccupations d’un petit garçon, indirectement concerné par les affaires de ce monde, mais partiellement conscient des dangers de celui-ci. Alors qu’on aurait pu imaginer, sur la base de l’expérience nazie, que la communauté juive américaine soit victimes d’actes de violence physique, c’est en fait la pression psychologique qui est mis en avant, par l’état presque paranoïaque des parents Roth. Alors que sous le IIIème Reich, la politique antisémite visait à concentrer les juifs à l'intérieur des camps, à l'abri des regards, la politique de Lindbergh consiste au contraire à isoler les juifs américains sur tout le territoire américain, parmis les Américains.

 

La fin de l’histoire m’a déçue car elle vient un peu subitement. On a le sentiment que les derniers chapitres ont été bâclés, comme si l’auteur n’arrivait pas à s’en sortir. La tension politique que l’on ressent tout au long de la première moitié du roman débouche subitement sur de la violence ouverte qui fait tout basculer. C’est alors qu’est révélée la nature du complot contre l’Amérique. Et alors on se dit que lce qui fondait l'histoire est largement impropable.

22 octobre 2008

El pintor de batallas

elpintordebatallas.jpgLors de mon séjour à Barcelone l’an passé, à l’occasion d’une fête catalane - dont j’ai oublié le nom - où la tradition veut qu’on offre une rose aux femmes et un livre aux hommes, mon oncle m’avait offert El Pintor de Batallas (le peintre des batailles) d’Arturo Pérez-Reverte.

 

L’auteur est membre de la Real Academia Española, l’équivalent - je suppose - de l’Académie française. Il est notamment l’auteur de la série Capitan Alatriste récemment porté au cinéma avec Viggo Mortensen dans le rôle du personnage principal (j’avoue ne pas avoir vu le film mais il a l’air bien). Enfin, dans l'ordre de l'anecdote, l'auteur a signé un Manifeste pour une Langue Commune, en vue de défendre le castillan dans certaines communautés autonomes (le super-régions espagnoles). Il s'explique .

 

L’histoire tourne autour de Faulques, un ancien photographe de guerre, retiré dans une tour d’un petit village face à la Méditerranée et qui entreprend la peinture d’une grande bataille intemporelle. Une fresque largement inspirée des guerres qu’il a couvertes avec sa compagne décédée des années auparavant.

 

Mais un jour il reçoit la visite d’un homme tout droit surgit de son passé de photographe venu honorer une dette mortelle. Le chasseur et la proie vont alors cohabiter jusqu’à l’achèvement de l’œuvre del Pintor de Batallas, chacun exprimant peu ou prou ses motivations et son parcours depuis leur première rencontre.

 

Habilement écrit, le récit alterne prodigieusement entre une série de flash backs du personnage principal, torturé par les souvenirs de sa compagne qu’il a vu mourir sous ses yeux, et les échanges, parfois aux accents de monologues, entre le peintre et l’étranger. Cette articulation permet à l’auteur d’aborder des thèmes aussi variés qu’imbriqués : l’art, la science, la guerre, l’amour, la lucidité, la solitude...

 

En fond, un questionnement sur la responsabilité que peut avoir un étrange spectateur comme l’est un photographe de guerre dans la vie des gens qu’il révèle à la face du monde. Une sorte d’effet papillon en somme. Et enfin cette fresque, bien décrite dans plusieurs passages du livre, dont je comprends après coup toute la symbolique qu’elle comporte : les deux personnages se retrouvent à la fois créateurs et membres d’un monde à l’agonie. Un champ de bataille, point de départ de leur rencontre, point d’arrivée de leur histoire respective.

 

Au final, j’ai mis un certain temps à lire ce livre. Ca faisait quelques temps que je n’avais pas lu l’espagnol, et la richesse du vocabulaire et de la description m’a longtemps rebuté. Un livre, on y est ou on n’y est pas. Par ailleurs le thème, vous l’aurez compris, n’est pas très joyeux. Quant au personnage central, torturé par ses souvenirs de guerre et refermé sur lui-même, on éprouve tout juste de l'empathie. Physiquement malade, il cherche dans son œuvre un sens à sa vie et un point de salut. Mais il est déjà mort…

09 juillet 2008

La flamme et la cendre

La flamme et la cendre.jpegCeux qui me connaissent un tant soit peu savent l’intérêt que je porte à la vie politique en général et à la chose publique en particulier. Mais contrairement à une idée reçu, je ne suis pas un féru des livres écrits par nos responsables politiques (les écrivent-ils vraiment ? c’est un autre débat) ou ayant trait à la vie politique (par exemple « Les prétendants »). Je les trouve trop souvent circonstanciés, et du coup trop fades, sans grand intérêts sur le plan des idées. Mais il y a bien quelques exceptions.

 

Je viens d’achever la lecture de La Flamme et la Cendre, écrit par Dominique Strauss-Kahn et paru en janvier 2002. On me demandera pourquoi avoir attendu autant de temps alors que l’auteur n’est plus sur le devant de la scène et qu’il a écrit d’autres ouvrages depuis. La vérité c’est que pour moi, il y a les livres promotionnels - qui ne durent que le temps d’une campagne - et les livres de réflexions – qui savent rester d’actualité bien des années après. Ce n’est pas une question d’auteur qu’on apprécie ou non (et on sait que j’apprécie DSK ou Rocard), puisque j’estime que 365 jours, Journal contre le renoncement,  du même auteur, fait partie des livres promotionnels qui ne marquent pas leurs temps.

 

Il convient de replacer le contexte dans lequel l’auteur a écrit cette oeuvre. Nommé Ministre de l’économie et des finances en 1997 dans le gouvernement Jospin (il y fait figure de « poids-lourds »), il démissionne en novembre 1999 lorsqu’il est mis en cause dans des affaires judiciaires (conclues en non-lieux en 2001). Sa carrière politique interrompue en pleine lancée, on conviendra qu'il y a des situations plus malheureuses, il profite d'être dans le creu de la vague pour prendre le temps de réfléchir, le temps d’écrire. Il en ressort un livre singulier, authentique et très personnel.

 

Quatre grands sujets sont abordés, tous subdivisés en plusieurs chapitres. Le livre commence par une réflexion sur le socialisme comme doctrine politique. Effectuant une perspective historique, l'auteur explique la fameuse dialectique "réforme/révolution", le poids du marxisme et son questionnement face aux problèmes actuels. Il développe la notion des 3 socialismes: celui de la redistribution, celui de la production et celui de l'émancipation (c'est à dire celui consistant à lutter contre les inégalités à la racine).

 

DSK traite dans une seconde grande partie le vaste sujet de la mondialisation. Après avoir énumérés les différents points de vue critiques émis sur le processus de globalisation, il explique en quoi c'est un processus irréversible qui n'a pas que de mauvais aspects. Il dit notamment que la lutte pour l'environnement est un facteur de mondialisation, et argumente à cet effet sur l'intérêt du nucléaire et du système des "droits à polluer" (à côté du système des éco-taxes). Enfin il appelle de ses voeux une régulation de la mondialisation (il aborde ici les limites pratiques de la taxe Tobbin) au niveau européen et des instances internationales (dont le FMI, l'OMC, l'OIT, le G8 etc) qu'il souhaite réformer pour une nouvelle "gouvernance mondiale". Il aborde là la question de l'architecture du système international, de la légitimité démocratique et l'arbitrage.

 

En troisième partie vient l'Europe. Il rappelle que l'histoire de la construction européenne repose sur deux dynamiques: la délégation de prérogatives nationales vers l'échelon communautaire (Commission et Parlement) et l'harmonisation (notamment au niveau du marché intérieur). Il rappelle d'autre part la spécificité du modèle social européen fondé sur une mutualisation des risques permises par le welfare state. Le reste de son propos sur le sujet européen concerne la monnaie unique et ce qu'elle implique politiquement sur les instances européennes. Rappelons qu'en 2002, l'euro remplace tout juste nos monnaies nationales. Il milite donc pour une gouvernance économique européenne qui coordonerait la politique monétaire de la BCE et les politiques budgétaires des Etats (via l'Ecofin). Cette partie est d'autant plus intérressante qu'il nous livre son expérience et relate ses combats (souvent soldés par des semi-échecs) auprès de ses partenaires européens pour faire avancer l'idée.

 

Enfin, il consacre le dernier chapitre à la France. Il fait le point sur son action à Bercy notamment sur la question des privatisations, de la réforme fiscale du gouvernement Jospin, et enfin de la politique industrielle. Son soucis ayant été de booster la croissance économique pour relancer l'emploi. Par la suite, il analyse le dialogue social dans notre pays en rapport à la dialectique "loi/contrat". Il émet une critique sur la méthode choisit pour le passage aux 35 heures mais ne critique pas la proposition en elle même. Il émet quelques propositions sur la refonde de la démocratie sociale en France. Il aborde le sujet épineux de la réforme de l'Etat et du statut de la fonction publique (dont la haute-fonction publique) en énoncant quelques principes clés pour une bonne méthode de réforme. Il termine par une réflexion sur les instutions françaises (le régime présidentiel, la réhabilitation du Parlement, la fabriquation des lois, la structure territoriale, le vote des immigrés).

 

En refermant le livre je me suis rappellé pourquoi j'ai soutenu - et je soutient encore - la démarche de Dominique Strauss-Kahn. Avec un soucis de pédagogie et d'équilibre dans ses propos*, il éclaire le lecteur sur les enjeux auxquels la France est confrontée, avec la méthode - la sociale-démocratie - pour les traiter. Il est même ironique de voir à quel point ce qu'il a pu écrire à l'époque est toujours d'actualité, et comment certains responsables politiques (à gauche comme à droite) ont repris ses positions.

 

Le livre m'a plu parce qu'il s'adresse à l'intellectuel des gens, mais je peux concevoir que la forme de l'analyse retenu par DSK ne soit pas la plus appropriée pour la compréhension du citoyen lamba peu initié à l'économie, la sociologie ou le droit. Je veux dire par là qu'étudiant ces disciplines là, le discours ne m'est pas étrangé. Enfin, je terminerai par un regret: dommage que l'auteur n'est pas su dans son engagement politique depuis 2002, mettre en avant et de façon aussi claires, ses idées et ses prises de positions. Peut être qu'alors, on aurait pu éviter le phénomène Ségolène Royal.

 

* Ce qui ne veut pas dire que je sois d'accord sur tout; J'estime que son argumentaire sur le nucléaire passe sous silence la gestion des déchets dans le temps, un temps qui dépasse largement celui d'une vie humaine.

17 juin 2008

Les moyens d'en sortir

livre-71-vr.jpgHasard de l’agenda politico- médiatique, au moment où l’on parle d’une n-ième réforme des 35 heures, puis tout récemment, de la décision prise par le conseil des ministres européens du travail sur un relèvement de la durée maximale de travail (aujourd’hui de 48h hebdomadaire, elle serait portée à 65 heures dans certains secteurs), je viens de finir de lire Les moyens d’en sortir, de Michel Rocard.

Au début des années quatre vingt dix, la France (et l’Europe et les pays développés en général) fait face à un chômage très important. Le taux de chômage atteint les 12% de la population active en 1993. En réponse à ce fléau social apparaît dans le débat économique et politique l’idée de réduire massivement le temps de travail.

C'est là que parait le livre de Michel Rocard en 1996. En faisant quelque part le point sur les discutions de l'époque, l'ancien premier ministre contribue également au débat en proposant une méthode de mise en oeuvre d'une politique de réduction du temps de travail.

Comme souvent dans les interventions et publications du député européen, les propos sont précis, fournis (en références d'enquêtes et publications), nuancés et rigoureux. C'est que l'homme du "parler vrai" tient à sa réputation. Il emprunte beaucoup au livre La fin du travail de Jeremy Rifkin, tout en l'adaptant au cas européen et surtout français. Il est intérressant de remarquer qu'à son tour, Pierre Larrouturou, auteur d'Urgence sociale, réutilise de nombreux raisonnements de Rocard et Rifkin.

Les trois premiers chapitres exposent le diagnostic de la situation économique et technologique des Trentes glorieuses jusqu'au années quatre vingt dix. La perspective historique de l'évolution économique et technologique des 50 dernières années est très instructive. Elle est complétée par une comparaison entre le Japon, les Etats-Unis et l'Europe en ce qui concerne les politiques adoptées face (à l'apparition du) chômage.

J'en retiens que la mécanisation, l'automatisation et récemment l'informatisation conduisent à réduire le temps nécessaire à l'acte de production. Si à cela on ajoute le fait que la tertiarisation de l'économie ne semble compenser ni quantitativement, ni qualitativement les emplois perdus par la désindustrialisation (mûe par le besoin de compétitivé et l'assechement des principaux marchés de biens de consommations), l'humain se voit confronté à un avenir sans travail. Ce qui n'est pas sans poser problèmes dans une société où l'identité sociale reste marquée par le travail que tout un chacun occupe à un moment donnée de sa vie. Il semble que cette étrange perspective ait été décelée par certains philosophes (Arendt) et économistes (Keynes).

Après avoir réalisé dans un quatrième chapitre un bilan des aides à l'emploi, principal paliatif auquel les sociétés ont recours contre le chômage, Rocard énumère une liste d'angoisses et d'obstacles auquel il tente de répondre. Il fait alors (entre autre) le point sur les expériences de réduction de temps de travail de 1936 (les 40 heures) et de 1981 (les 39 heures) et leur conséquences tant économiques que dans la nature et la teneur des relations entre partenaires sociaux. Il apporte aussi des éléments de réponses face aux inquiétudes économiques (qui finance une telle mesure?), méthodologiques (loi ou négociation ?) ou psychologiques (problèmes des qualifications et du recrutements).

Le chapitre 6 est centré sur la méthode à utiliser pour mener à bien une politique de réduction de temps de travail. Il est notamment question du coût d'une telle réforme et de la "négociation souple" comme outil préférentiel à sa mise en application. Le chapitre 7 apporte des compléments et des réponses aux différents arguments portés tour à tour par ce qu'il nomme les sceptiques (économistes libéraux), les volontaristes (une partie de la gauche et des syndicats) et les prudents (chefs d'entreprises et syndicalistes). Enfin le dernier chapitre pose la question de la finalité d'une telle mesure en terme de choix de société. Pour Michel Rocard, ce doit être l'occasion de lutter contre l'exclusion, assurer un développement durable, développer de nouvelles formes d'activités (là il aborde le tiers secteurs) et de récréer le lien politique.

C'est pas une nouveauté pour ceux qui me connaissent mais j'apprécie généralement les propos de Michel Rocard. Autant dire que le livre, de par sa qualité, m'a plu. Et si je persiste à croire que le diagnostic posé reste d'actualité, l'expérience des 35 heures (avec les effets économiques et sociaux non prévus et non désirés) laisse le doute sur l'efficacité et la tenabilité dans le temps d'une telle réforme et de ses bienfaits. Mais je doute encore plus que la politique visant à faire travailler plus ceux qui ont un boulot, améliore la situation de l'ensemble des citoyens.

25 mai 2008

El Pórtico

Cette semaine je me suis remis à lire un peu de science fiction, ça faisait bien longtemps. J’ai donc découvert El Portico de Frederik Pohl (La Grande Porte pour les francophones ou Gateway en version originale). C’est le premier livre d’une série intitulée Saga Heechee.

Dans le futur les humains ont découverts dans les sous terrains de la planète Vénus, des restes d’une civilisation extraterrestre : les Heechees. Ces vestiges, dont une carte du système solaire sur un métal particulier, ont conduit les humains vers le Portique, une base spatiale heechee cachée à l’intérieur d’une sorte de grande météorite.

Aux mains d’une Corporation représentant les intérêts des principales puissances terrestres, le Portique a été peu à peu colonisé par les êtres humains qui s’entassent dans les innombrables tunnels du météorite. La Corporation forme et emploi des explorateurs de l’espace qu'elle envoit dans les navettes heechees. Ces voyages sont hasardeux et dangereux: les destinations ne sont pas connus d'avances, leur durée peuvent exceder les capacités de survie des humains (provisions d'oxygènes et d'aliments) et enfin il faut compter sur les mutliples obstacles (trou noir, supernova etc) qu'une navette peut trouver sur son chemin. Seul l'appat du gain financier motive les humains à se lancer dans ses explorations risquées.

Le livre est le témoignage de Robinette "Bob" Broadhead, un ex-explorateur du Portique. Plus précisément, le récit alterne entre les visites de Bob chez Sigfrid, son robot-psychologue, et ses récits sur son expérience au sein de Portique. C'est interressant de voir qu'à travers le récit de Bob se dessine une certaine critique d'une société marquée par une pauverté de masse qui pousse les gens à fuir la Terre pour s'engouffrer dans les sous-terrains du Portique ou de Venus. Bob lui même échappe des mines du Wyoming pour le Portique grâce au lotto, espérant faire fortune et échapper au besoin.

Le personnage de Bob est loin d'être le super-héros "classique" de science-fiction, bien au contraire, c'est plus un anti-héros: il apparait tour à tour fragile, impulsif, sans ambition et sans projets, peureux, individualiste etc. à l'image finalement du monde fermé des explorateurs du Portique. Le quotidien au sein du Portique se résumant à des rencontres éphemères lors des fêtes de départ et d'arrivée des différents explorateurs, entre le temps de ses propres explorations spatiales. Il raconte donc ses rencontres, ses relations amoureuses et sexuelles et la torture mentale (ou chlostrophobique) des voyages spatiaux au sein des petites navettes heechees en compagnie de compagnons étranges.

Je n'en dit pas plus pour ne pas trop dévoiler l'histoire à ceux qui serait tentés de lire le livre. Il se lit très bien. J'ai bien aimé. L'ambiance tendue et froide qui ressort de ce monde clôt vous donne une image assez peu enthousiaste du futur, et particulièrement du voyage spatial. Je pense que sur certains aspect la vie dans les sous-marins ne doit pas être bien différente, mieux vaut avoir un esprit solide.

27 mars 2008

Le Zéro et l'Infini

252873345.JPGLorsque je vais chez mes parents, j’ai pour habitude de jeter un coup d’œil sur la bibliothèque familiale. Je regarde les titres, parfois je prends un livre, le feuillette quelques minutes puis le remet à sa place. A dire vrai, je répète même ces habitudes lorsque je suis invité chez des amis. Une bibliothèque et le genre de livres qu’on y trouve peut nous apprendre bien des choses sur nos hôtes.

Dans la bibliothèque de mes parents donc mon index, que je fais glisser sur la côte des livres, s’est arrêté sur un petit livre vert au titre étrange : Le Zéro et l’Infini.

Mon père avait eu à le lire dans le cadre d’un concours, mais c’est dans une note de « Mémoire vivante - Michel Rocard » (dont j'entends bien écrire un billet un de ces jours) que j’en ai entendu parler pour la première fois.

Le Zéro et l’Infini, publié dans les années 40, est l’œuvre d’Arthur Koestler, écrivain britannique mais aussi militant communiste. Cette dernière information, loin d’être anecdotique, explique la portée symbolique et politique de cet œuvre. En effet, à travers l’incarcération, les pensées puis l’exécution du personnage principal - le camarade Roubachof - Arthur Koestler dénonce le totalitarisme stalinien.

Le camarade Nicholas Roubachof, figure imaginaire mais qui reprends des bouts de vie de plusieurs personnes ayant existés, est arrêté en pleine nuit. Il est enfermé seul dans une toute petite cellule, et n’a de contact avec l’extérieur qu’en tapant des codes sur le mur commun à la cellule de son voisin.

Dès lors le livre se compose de trois parties.

  • Dans un premier temps et par l’intermédiaire de flash back, Roubachof se remémore sa rencontre avec 2 militants dont il recueille les critiques sur le Parti, mais qu'il fera exclure pour non respect de la ligne de ce dernier.
  • Il est amené, au sein de la prison, dans le bureau d'un agent politique en charge de son dossier. Cet agent, qu'il connait du temps de l'époque révolutionnaire, lui accorde un délai de 15 jours pour que Roubachof rédige lui même ses aveux. Il bénéficie pendant ce temps d'un traitement de faveur, en particulier une promenade dans la cours de la prison, et du papier et un crayon pour écrire. Suivent alors ces réflexions sur l'état du régime et son rôle dans tout ça. Ses réflexions l'amènent à se déclarer coupable.
  • La dernière partie est consacré aux aveux de Roubachof. L'agent politique en charge de son dossier ayant été remplacé par un fervant pratiquant des interrogatoires musclés, Roubachof passe des jours et des nuits à résister puis céder aux aveux prérédigés.

Malgré la dureté de l'histoire et l'ambiance pesante qui s'en dégage (et qui rappelle 1984 de Georges Orwell), la fine construction du récit et la très précise description faite par l'auteur, vous fait imaginer les scènes sans difficulté.

Ce qui est le plus frappant dans cette histoire, c'est non seulement le renversement de situation d'un homme qui se retrouve broyé par un système qu'il a contribué à créer et protéger, mais c'est l'impasse intellectuelle par laquelle il se donne la mort.

Le "Je" étant une fiction grammaticale, l'individu représente l'infiniment petit (le Zéro) face au projet soviétique destiné aux masses qui représentent l'infiniment grand (l'Infini). L'aboutissement de cette logique conduit à considérer que l'écrassement de la dignité humaine et de toute conscience individuelle sera jugé par l'Histoire, comme un moyen nécessaire justifiant une fin.

A lire absolument...

25 novembre 2007

Chroniques Martiennes

b45df5914ef08ac6dd40f4117230fbd3.jpg

 

Dans mon précédent commentaire je vous ais fait part de mon intention de participer au concourt d'écriture organisée par la Région. Tout en réflechissant aux différents scénario sur lesquels je pourrai me baser pour écrire une nouvelle, je me suis mis à penser à Ray Brarbury.

Ray Bradbury est un de mes auteurs de science-fiction préférés. La "science-fiction" n'est peut être pas le genre- étiquette qui correspond le mieux à ces écrits, il y a tout un "débat" à ce propos, mais qu'importe.

J'ai découvert Bradbury en lisant Farenheit 451, un roman d'anticipation (sous genre de la science-fiction) sur une société ultra-materialiste, dépendante de la télévision, où la possession et la lecture des livres est interdite. Alors que dans notre monde les pompiers sont chargés d'éteindre les incendies, dans la société de Farenheit, ils sont chargés de les allumer pour y faire brûler les livres.

Après avoir lu 1984 de Georges Orwell et après avoir vu Farenheit, le film de François Truffaut, le livre en soit ne m'a pas passionné. Je m'attendais au départ à quelque chose de plus sombre, mais ce n'est pas je crois le style de Bradbury. Il est beaucoup fin et plus gaie, je ne l'ai compris que plus tard.

C'est en lisant Chroniques Martiennes que je suis vraiment tombé sous le charme du style Bradbury. Ce recueil de nouvelles raconte sous formes de journal daté, différentes histoires (rarement liés) de la colonisation de la planète Rouge par les américains.

Au travers des personnages (martiens, spationnautes, colons terriens) et de leurs situations, il nous offre une vision tour à tour épique, mystique, fantastique mais surtout tragique de l'aventure humaine outre-terre, et par là, de l'histoire humaine en général. Les martiens, sous des apparats pharaoniques, nous ressemblent tellement qu'ils nous renvoit notre propre image.

On y découvre une planète Rouge finallement bien proche à notre bonne vieille Terre. L'air y est respirable et l'eau coule en abondance. Dès lors, comment ne pas voir dans l'arrivée des humains sur Mars, dans l'extinction des martiens et dans le fait qu'on rebaptise les lieux martiens de noms terriens, un clin d'oeil à l'arrivée des colons européens en terres d'Amérique et au massacre des Indiens ? C'est surtout les premières nouvelles du reccueil qui aborde ces questions.

Une des nouvelles m'avait beaucoup ému. Elle racontait la 4 ème expédition humaine sur Mars. Un groupe d'astronautres débarquent sur une planète rouge abandonné de ses habitants, mais plein de vestige de leur civilisations. L'un des humains tombe sur le charme de cette planète et de la civilisation qu'elle a fait naitre alors que le reste de l'équipage voit dans ce monde désormais désert, une nouvelle Terre à exploiter, à baptiser etc. Prenant conscience de la vulnérabilité de ce nouveau monde face au projet de colonisation humaine. Il tue alors quelques uns de ses co-équipiers et se retranche dans les hautes collines martiennes jusqu'à ce qu'il se fasse descendre par le reste de l'équipage. C'est toute une réflexion sur la nature humaine et le sens de notre vie collective que nous livre l'auteur.

Une autre histoire, et cette fois je pense à notre ami Buzz, racontet l'arrivée de croyants-prêcheurs chargés de construire les premières églises et de convertir les "esprits" qui subsistent sur la planète Rouge. Bradbury arrive à donner à leur rencontre et à leur échanges un sens mystique magnifique.

Le livre date des années 50-60 et le monde vit la guerre froide et les crises de Cuba, donc la menace nucléaire. C'est cette menace là qui pousse dans Chroniques martiennes, les terriens à se réfugier sur Mars puis quand vient les guerres nucléaires sur notre vieille Terre, les poussent à rentrer... abandonnant une terre qu'ils venaient d'exploiter.

Je n'en dis pas plus.

De Bradbury j'ai lu ensuite "La machine à Bonheur" et "Remède à la Mélancolie", autres reccueil de nouvelles, pleins d'histoires délicieuses et charmantes.

C'est con... j'ai toujours eut du mal à expliquer ce que j'aime vraiment dans les écrits de Bradbury. Je crois que c'est cette capacité à donner un sens humain, épique voir nostalgique, à des personnages tout à fait banals la plus part du temps.  Il m'est parfois arrivé de verser une petite larme sur quelques unes de ces histoires, mais le plus souvent je sens au fond de moi une sorte de réchauffement au coeur, des petits moments de bonheurs toujours trop courts (eh oui les nouvelles c'est courts).

Bradbury... des purs moments d'évasions, de rires, de blues aussi.

22 octobre 2007

Alfonso Guerra

0959735851e15d60e00565fca7fec295.jpg
(Alfonso Guerra)

 

Lors de mon séjour académique en Espagne, j’ai assisté à une conférence sur le processus d’élaboration de la constitution lors de la transition espagnole, avec comme invité de marque : Alfonso Guerra.

 

 

Je suppose que le nom du personnage ne vous dit rien. Je vous rassure le jour de la conférence, j’étais dans la même situation que vous. En fait, ce monsieur est socialiste espagnol et à ce titre, il a joué un rôle important dans la reconstruction du PSOE (Parti Socialiste Ouvrier Espagnol) pendant la dictature jusqu’aux premières élections démocratiques. Mais il a aussi joué un rôle dans la construction du consensus politique nécessaire à la rédaction de la Constitution espagnole de 1977. Par la suite, de 1982 jusqu’à 1991, il a été vice-président du gouvernement espagnol, alors dirigé par Felipe Gonzalez.

 

 

Je pourrai faire un billet uniquement sur le thème de la transition espagnole, et l’événement est important et riches d’enseignement, mais je préfère aborder les mémoires politiques qu’a rédigé ce personnage atypique, et que j’ai eu plaisir à lire cet été.

 

 

L’exercice des mémoires politiques, d’autobiographie, est un exercice délicat. Tant pour celui qui l’écrit que pour celui qui les lit. L’auteur y restitue des événements, des ressentis, un vécu avec finalement le ressenti du temps présent et la sélection inconsciente et consciente qu’effectue notre mémoire. Le lecteur, encore plus lorsqu’il s’agit de mémoires politiques, a de son côté une connaissance personnelle (son propre vécu et sa propre perception/interprétation) et collective (ce qu’on a pu lui apprendre de cette période), des événements qui sont narrés dans les mémoires écrites de l’homme politique. Les autobiographies/mémoires politiques sont donc des points de vues, jamais vraiment objectifs mais pas non plus sciemment réécrits. Mais après tout le lecteur n'est jamais objectif dans ce type de lecture, on s'y lance avec des a priori, on en ressort pas indeme non plus.

 

 

Les mémoires politiques d’Alfonso Guerra sont regroupés en deux tomes : Cuando el tiempo nos alcanza et Dejando atrás los vientos. Traduit en français cela donne : « Quand le temps nous rattrape » et « En laissant derrière nous le vent/la tempête ». C’est une traduction littérale. J’ai souhaité les lires parce que l’auteur m’avait fait bonne impression lors de cette conférence avec son franc parler et ses convictions ; mais aussi pour comprendre un peu l’histoire du PSOE et de l’Espagne.

 

 

Le premier livre couvre la période de 1940 à 1982, c'est-à-dire une période qui va de l’année de naissance d’Alfonso Guerra jusqu’à la victoire du PSOE aux élections générales espagnoles. Il relate alors son enfance, il est le dixième d’une famille andalouse assez pauvre. Il aborde ses premiers rapports à l’amour et à la politique (son père est un républicain socialiste). Il raconte ses premières journées d’écoles, chez les religieuses, sachant déjà lire et écrire, on le fait passer les classes. Il sera un brillant étudiant, passionné de littératures espagnoles (1) et de théâtre, il consacre plusieurs chapitres tout au long des deux tomes, à des auteurs espagnols ou sud-américains. Il fait des études d’ingénieurs pour faire plaisir à ses proches.

 

 

Il consacre la seconde partie de son livre à son passage au socialisme et en politique. Ce qui est fondamental dans le parcours de cet homme, c’est qu’il rentre en politique (pas le métier politique qui n’a pas de sens dans une dictature surtout pas lorsqu’on est un opposant à celle-ci) par le biais de la culture. C’est parce que la dictature franquiste/fasciste interdit la lecture d’œuvres jugées subversives, et qu’il est soumis à cette censure dans le cadre du théâtre qu’il pratique, qu’il entre en politique. Et s’il rejette le communisme, très présent symboliquement et numériquement en Espagne d’alors, c’est aussi parce qu’on y interdit la lecture d’auteurs étrangers à la ligne du Parti.

 

 

Il rapporte ensuite sa rencontre avec des membres du PSOE clandestin (je rappelle qu’il est interdit en Espagne), sa lecture d’auteurs socialistes espagnols (dont Pablo Iglesia, père fondateur du PSOE) et étrangers, la mise en place d’une organisation de militants actifs. C’est alors qu’il rencontre Felipe Gonzales avec qui il se lie d’une solide amitié, que seule la pratique du pouvoir (au gouvernement donc) détériorera.

 

 

Sous la menace permanente du contrôle policier répressif de la dictature, il participe à la rencontre et à la fusion de plusieurs groupes socialistes jusqu’ici isolés partout en Espagne, en une entité le « PSOE de l’Intérieur » en référence (et en contraste) au PSOE officiel en exil en France, réfugié à Toulouse (2).

 

 

Il entretient justement des contacts conflictuels avec la direction du PSOE en exil, parce qu’il y a une différence de génération, parce qu’elle est surveillé par la police franquiste, parce qu’elle est enfermée dans ses luttes internes. Les « vieux » dirigeants de l’exil semblent se méfier du travail et surtout de l’influence de ces jeunes dirigeants de l’intérieur. Ce sera au travers du soutient apporté par les partis de l’Internationale Socialiste (avec en tête Willy Brandt) que les jeunes socialistes de l’intérieur gagneront la légitimité de diriger le PSOE. Je crois que c’est par un meeting en France, que les représentants du PSOE réunifié désigneront Felipe Gonzalez secrétaire général du parti.

 

 

Au travers des chapitres, les années passants, le contrôle répressif de la dictature se relâche. Le dictateur vieillissant, le système et le régime se préparent à sa succession et aux changements. Le PSOE bien qu’illégal est toléré. Franco meurt, Juan Carlos accède au trône. Adolfo Suarez succède à Arrias Navarro, et engage les réformes politiques et le processus de transition. Les premières élections générales ont lieux en 1977, Alfonso Guerra prend en charge la campagne du PSOE qui obtient 118 sièges. Il raconte à l’occasion de petites anecdotes sur le déroulement des élections, forcément le peuple espagnol n’ayant pas voté depuis 41 ans, les gourdes se multiplient.

 

 

071d507aa905bda9f7367abb10a6b6e5.jpg
(Felipe Gonzalez en meeting)

 

Il explique aussi le Congrès du PSOE de 1979 par lequel le parti se convertit au réformisme. J’aborde cet épisode à l’adresse des socialistes français. Tout a commencé par une interview à quelques jours du Congrès, de Felipe Gonzalez dans le journal El Pais. Felipe annonce le souhait que son parti abandonne les références marxistes. Du coup les socialistes s’agitent et le Congrès tourne vite autour de la question d’une ligne « marxiste » ou « pas marxiste ». La ligne non marxiste est défendue par Joaquim Almunia, la ligne marxiste par Peces-Barba et une partie des socialistes de la direction de l’exil. Le vote tombe, le Congrès vote la ligne marxiste. Felipe Gonzalez démissionne donc, à la surprise générale des militants et représentants qui souhaitait garder le charismatique « Felipe ». Une nouvelle direction se forme mais on annonce un Congrès extraordinaire. C’est au cours de celui-ci que le PSOE adopte une résolution fourre tout dans lequel il garde le marxisme comme référence historique tout en n’en faisant pas une grille de lecture première, ce qui permet à Felipe Gonzalez d’être re-désigné secrétaire général. Alfonso Guerra penchait pour la ligne non-marxiste mais n'en faisait pas une affaire de priorité. Il juge en tout cas que cette crise a été salutaire pour la suite du PSOE, notamment lorsque celui ci accède au pouvoir.

 

Après la tentative de coup d’Etat de février 1981 par le lieutenant-colonel Terejo, épisode au quel Alfonso Guerra consacre un très long chapitre mêlant vécu et analyse a posteriori, les élections générales du 28 octobre 1982 donnent la majorité absolue au PSOE.

 

c1a858a6d49abcad2fbfdfcdcdd5b7f6.jpg
(Alfonso Guerra et Felipe Gonzalez en 1982)

 

 

Lors d'un Congrès du PSOE à Paris, bien avant 1982, François Mitterrand appelle les socialistes espagnols à prendre en compte le fait qu'ils seront amenés à prendre le pouvoir, que le thématique du pouvoir ne sera pas pour la génération suivante, mais bien pour celle-ci. Alfonso Guerra refuse de se projeter dans cette optique là, et ce n'est que sur l'insistance de Felipe Gonzales, qu'il accepte d'entrer au gouvernement comme vice-président (en quelque sorte, premier ministre bis). Il y restera jusqu'en 1991.

 

 

Cette période des responsabilités c'est l'objet du second tome.

 

 

On saisit mal les charges qui incombent au vice-président du gouvernement à part celui de remplaçant du président du gouvernement lorsque celui-ci part en déplacement. De fait, Alfonso Guerra jouit d'une grande liberté d'action avec une administration qui compte une dizaine de personne tout au plus. Cela n'empeche pas le vice-président d'agir.

 

 

Il raconte alors comment il a eu à gérer une prise d'otage de ressortissants espagnols en Algérie, ou comment il a eu à traiter avec l'Eglise pour la pacification des relations Etat-Eglise. Il explique comment avec Felipe Gonzales ils arrivent à imposer l'autorité sur les forces Armée et à gagner leur respect (lors de l'enterrement d'une officier). Il explique aussi qu'il a contribué à renforcer la coopération anti-terroriste entre la France et l'Espagne suite à une conversation avec Lionel Jospin, Premier Secrétaire du PS français. Il aborde également les difficiles négotiations avec les Etats-Unis pour la rénovation des accords militaires USA-Espagne.

 

 

En matière d'affaires étrangères, il apporte son témoignage sur la révolution au Nicaragua, sur le régime castriste, sur l'évolution et la décadence de l'URSS (lorsqu'il est invité à cérémonie pour la mort de Brejnev), sur les changements opérés en Chine (il rencontre Deng Xiaping). Il semble s'être lié d'amitié avec Gorbatchev, le président de la République italienne ou encore Oskar Lanfontaine.

 

 

Le reste du livre est centré sur la pratique, l'exercice du pouvoir et ce qu'il faut endurer. C'est marrant de voir qu'Alfonso Guerra pense et propose plusieurs fois sa démission qui est toujours refusé par le président du gouvernement. Pour lui le pouvoir a été une sorte de sacrifice, puisqu'il a du délaissé ses enfants pour assurer les responsabilités et répondre à la confiance que les gens lui ont témoigné.

 

 

On voit que dès l'arrivé aux pouvoirs des socialistes espagnols, des tensions apparaissent au sein du gouvernement. Tensions entre les ministres en charges des affaires économiques et les ministres en charges des affaires sociales, j'ai envie de dire, tensio classique entre les ministres qui tiennent la bourse et les ministres de dépenses. Mais au delà, c'est une fracture qui apparait entre les tenants d'une ligne plus social-démocrate et les tenants d'une ligne social-libéral. Pour certains, en France notamment, social-démocrate et social-libéral c'est la même chose, mais je pense que c'est pas vraiment le cas. Les tensions vont jusqu'à créer une crise ministérielle lorsque le ministre de l'économie (Boyer) devant les média, se permet de distribuer les bons points aux différents ministres avec comme ambition d'être nommer vice-président. Ce qu'il ne sera pas. L'auteur raconte alors comment il s'est efforcé de rassurer un certain nombre de ministres parmis lesquels Solchaga, qui deviendra plus tard l'ennemi déclaré de Guerra.

 

 

Il est aussi question des critiques qu'il a du supporter de la part de la droite (parti populaire alors dirigé par le franquiste Fraga) mais surtout des média qui ne cessent de vilipender toute action de sa part avec des procédés par toujours déontologiques (interviews tronqués ou orientés). Et étant donné qu'il y revient souvent, on comprend que c'est quelque chose qui l'a profondément blessé. Les média n'ont cessé d'avoir une relation ambigue à son égard puisqu'ils le persecutent en même temps qu'ils le solicitent, sans succès, pour un interview ou une prestation télévisée très souvent assurée de succès dans l'audimètre. A mon avis, son franc parler et surtout sa grande ironie y sont pour beaucoup.

 

 

Une série de chapitres sont consacrés à deux évenements majeurs, du moins qui me semblent l'être, à savoir: le divorce entre le syndicat socialiste UGT (Union Générale des Travailleurs) et le PSOE/Gouvernement d'une part, et le réferendum sur l'OTAN d'autre part. Alfonso Guerra raconte comment le comportement de certains ministres vis à vis des syndicats ET la concurrence que souffrait UGT de la part de Comisiones Obreras (CCOO), l'autre grand syndicat, ont tué l'union syndicat-parti. Une union qui date des origines du syndicat en 1888, fondé par Pablo Iglesias (le PSOE lui étant créée en 1879). Concernant l'OTAN, il faut comprendre que le PSOE a promis en 1982 un réferendum concernant le maintient ou non de l'Espagne dans l'organisation transatlantique, avec quand même un penchant pour le non. Or pour le referendum de 1986, les socialistes se retrouvent les seuls à défendre le OUI contre les communistes et la droite qui prône l'abstention.

 

 

Alfonso Guerra se présente un peu comme l'ingénieur du consensus au sein du PSOE comme au sein du gouvernement. Il essaye toujours, dans les respect de la hierarchie qu'il s'impose face à Felipe Gonzales, seul détenteur selon lui de la légitimité des urnes, de calmer les tensions internes entre les ministres ou dans les affaires du PSOE, ce qui assurément renforce cette idée qu'il en est le maitre tout puissant. Mais il comprend bien lors de la préparation de l'Expo de 1992 à Séville ou bien lors de l'élaboration du Programme 2000 en 1990, qu'il est contesté par une partie des socialistes de la ligne social-libérale. Les relations avec Felipe Gonzales se dégradent, ce dernier semblant se rapprocher de la ligne des "rénovateurs". Le Congrès de 1991 symbolise la guerre ouverte entre ce que les média appellent les "guerristas" (partisants de Guerra) et les "renovadores" (rénovateurs/réformateurs/modernisateurs). Les "guerristas" gagnent le Congrès mais Alfonso Guerra, suite à une lettre très personnelle de Felipe Gonzalez, décide de quitter le gouvernement pour se consacrer au Parti. Pour la petite histoire, c'est au cours du Congrès de 1994 que les "renovadores" l'emportent sur les "guerristas".

 

Ainsi s'achève les mémoires politiques d'Alfonso Guerra. Peut être écrira-t-il ce qu'il a fait depuis dans un 3eme tome... Je pense que ça en vaudrait la peine.

 

 

* * *

 

Depuis que j'ai achevé la lecture de ces mémoires politiques, j'avais en tête de rédiger une note la dessus. Là voilà donc. Elle est longue car très détaillé. J'aurai pu être plus précis dans les anecdotes ou les positions de l'auteur en ce qui concerne les privatisations/nationalisations, le socialisme au XXIème siècle, sur les nationalismes en Espagne, sur ce qu'il pense de l'action du gouvernement auquel il a appartenu... mais pour des non espagnols, ça n'a peut être pas tellement d'intérêt.

 

 

Je vous avoue avoir vraiment aimé ces deux livres. Le style de l’auteur, sa franchise, son ironie parfois, m(ont plu. Ces deux livres me paraissent être un formidable témoignage de 50 années d’histoire espagnole, avec l’évolution de la société espagnole qui va avec et l'évolution d'un parti qui passe de la clandestinité aux responsabilités politiques pendant 14 ans. C'est aussi une leçon de vie et une leçon de politique.

 

Pour finir je donnerai mon humble et naive opinion: le socialisme espagnol, avec tous ses défauts, a beaucoup apporté à l'Espagne en l'espace de 30 ans de démocraties.

 

Ils ont consolidés la démocratie espagnole,

Ils ont mis en place un welfare state inexistant auparavent,

Ils ont restructurer l'économie espagnole à l'aide des subventions européennes,

Ils ont fait entrer l'Espagne dans l'Europe et ont contribués, surtout dans les années 80, à renforcer l'Europe,

Ils ont symbolisé le retour de l'Espagne sur la scène internationale à travers l'euroméditerranée et la politique latinoaméricaine.

 

 

(1) Je l'aborde peu hélàs dans mon propos mais j'ai une mémoire des noms catastrophique, mais j'insiste, la culture et la littérature sont très présent chez cet homme.

(2) C’est pour ça que pendant longtemps le PS français et le PSOE ont eut des liens très forts, et ça a joué dans les années 80. C'est beaucoup moins vrai aujourd’hui, c’est une autre génération aussi.

 

13 juillet 2007

Economie et démocratie

b97644c47d97c297cc889886bf2ecd66.jpg adbfa88c8fec6936efcd4e6901fb6ebd.jpg

www.vnavarro.org

(site en anglais, castillan et catalan)

 

Pour mon deuxième post, j'ai décidé de consacrer quelques lignes au deux derniers livres de réflexions que j'ai eu plaisir à lire lors de mon séjour académique à l'Université Pompeu Fabra de Barcelone.

 

Dans  le cadre d'un cours intitulé "Economie et démocratie" (rien que le titre mérite réflexion, n'est-ce pas quelque part des antonymes ?), le professeur - monsieur Vicenç Navarro - nous a recommandé la lecture d'un certain nombres d'ouvrages (dont il est l'auteur) parmis lesquels, les deux livres dont je vous montre les premières pages de couvertures.

 

Certains esprits railleurs diront que c'est abusé qu'un prof encourage ses élèves à acheter ses livres, ou qu'il a trouvé là un moyen de se faire du blé facile etc. C'est parfois vrai pour certains enseignants, je doute que cela s'applique à cet homme pour qui j'ai beaucoup de respect.

*

Permets moi, cher lecteur, de commencer par présenter brièvement cet étrange personnage:

 

Né en 1937, il a suivit des cours de médecine à Barcelone jusqu'au années 60, où pour motif politique, il a du prendre le chemin de l'exil. Réfugié en Suède (son épouse est d'ailleurs suédoise), il s'est initié à l'Economie politique à Stockolm. Il est ensuite parti étudier et se spécialiser en Grande Bretagne (London School of Economics) et aux Etats-Unis (Université John Hopkins). Il est spécialiste dans les questions de politiques publiques notament sanitaires et sociales. Il enseigne à l'Université John Hopkins ainsi qu'à la Pompeu Fabra à Barcelone.

 

De par sa spécialité universitaire et son engagement politique (républicain espagnol, social-démocrate à la mode suédoise), il a conseillé le gouvernement de Salvador Allende, le régime cubain, notamment pour les réformes de leurs systèmes de santé. Il a également participer au projet (avorté) de réforme d'assurance maladie universelle "voulue" par le couple Clinton, en plus de porter ses conseils dans différentes organisations et institutions internationales.

 

En Espagne, il a participé à l'élaboration du projet économique (jugé "très à gauche") du P.S.O.E (Parti Socialiste Ouvrier Espagnol) pour les élections générales de 2000 (que le PSOE a perdu) ainsi que celui des élections de 2004. Précisons bien qu'il n'est pas afilié au PSOE et que son influence est bien faible (sous entendu, je ne lui donne pas plus d'importance qu'il n'en a réellement en partie due à que son approche est minoritaire dans le Parti).

*

Concernant les ouvrages maintenant, leurs titres donnent déjà un aperçu de la principale thèse défendue par l'auteur, on peut même dire son principal combat politique (en tant que citoyen) : sauvegarder et étendre l'état providence, notamment en Espagne, où l'on ne parle pas du sous-développement social.

 

A ce propos, le premier titre me parait tellement percutant Bienestar insuficiente, democracia incompleta et très politique. J'avoue qu'il m'est difficile de traduire la notion de bienestar en français. Bienestar c'est le "bien être", mais cette notion en français sonne mal. On a traduit le Welfare State ("Etat de bien être", système social en quelque sorte) par Etat providence, terme à connotation divine (associé à la notion d'Etat, on comprend ce que l'on veut diviniser). Je comprends pour ma part le bienestar dans le sens de welfare state. Ceci étant précisé, je reviens au titre : la question du bien être des gens (via le système social) étant sous-estimée (voir ignorée), la démocratie, au sens d'idéal, est incomplete. Voilà comment par un simple titre, Vicenç Navarro reconcilie l'économie (la question de la richesse liée à la question sociale) à la notion de démocratie.

 

Le premier livre se compose de quatre partie:

- la première partie faisant un bilan bien peu glorieux de la situation sociale en Catalogne et en Espagne (la situation des familles, le marché du travail, la santé, l'éducation);

- la seconde aborde la question de la globalisation et du néolibéralisme (en Europe notamment) comme possible facteur explicatif de cette situation en Espagne.

- Les 2 dernières parties se centre sur 2 raisons spécifiques de sous-développement social de l'Espagne: la situation politique espagnole d'une part (dérive sociale-libérale, et politique d'aznar); et le franquisme et la transition d'autre part.

*

Le second livre, quant à lui, est un approfondissement du premier. Je dirai même, un version complete et réactualisée du premier livre. On y retrouve les mêmes idées clés: l'Espagne vie un sous développement social qui contraste fortement avec son développement économique.

 

Afin de justifier cette thèse de sous-développement social, il aborde la question de la santé, de l'éducation, des pensions, du marché du travail, de la "renta basica" (que je traduirai par salaire universel) sur un mode comparatif avec les données moyennes de l'Europe des 15. A chaque fois il démontre, chiffres à l'appui, que l'Espagne dépense moins (en % du PIB, en PIB par habitant comme en terme d'unité de pouvoir d'achat consacré) que ses voisins européens et que cet écart a tendance à se creuser depuis 1993. Le sous-développement social se calcule finallement par l'écart entre ce que la richesse d'un pays permet de consacrer en terme de dépenses sociales, et les sommes qui se dépensent réellement pour ce type de dépense.

 

Et cette situation s'expliquerait particulièrement par le lourd passif historique du pays (la dictature du général Franco, jugée et "démontrée" fasciste et totalitariste), le poids des forces conservatrices (telle que l'Eglise et la monarchie), et la transition faussement exemplaire (notamment sur le problème d'occultation de la mémoire historique sur la II République... la droite espagnole refusant d'aborder la question, certains de ses membres étant d'anciens hauts-responsables franquistes) mais également par la dérive sociale-libérale observée tant en Espagne que dans le reste du monde (Clinton, la troisième voie britannique... petite allusion à Jospin aussi).

*

Je pourrai développer d'avantage, entrer dans le détail etc. mais je pense être déjà suffisament long.

 

J'ai beaucoup aimé mon séjour en Espagne, notamment sur le plan académique. Les différentes matières suivies m'ont énormément enrichies sur le plan de la réflexion politique. Ce cours d'économie et démocratie, les livres et le personnage même de Vicenç Navarro, m'ont beaucoup marqués.

 

Pourtant le premier contact avec le bonhomme et la matière m'avait plutôt dissuadé de suivre le cours (en catalan, je précise). Le professeur, et l'âge jouant, est plutôt distant et exigeant. Exigeant par le fait qu'il nous demande (implicitement) en examen de mettre "mot pour mot" ce que lui pense et démontre sous peine de râter son exam; exigeant sur notre présence et participation en cours (jugée moralement obligatoire). Le cours se divisant entre une partie "théorique" et une partie débat (dont je participais peu ayant parfois du mal à comprendre le catalan de certains camarades, jamais celui des profs).

 

L'autre raison qui m'a perturbé au début, c'est le fait d'entendre parler de classes sociales et de luttes de classes. La plus part des gens associent ces mots au marxisme, donc au communisme, donc à l'URSS etc. C'est le problème des mots trop connotés politiquement (du style "libéral"), vous avez beau les expliquer, il y a comme un blocage intellectuel chez les gens. Comme tout un chacun j'ai des a priori sur les gens et les choses. Pour autant, j'essaye autant ce peu de comprendre la logique des uns et des autres, ce qui se dit sur le fond des choses au lieu de rester sur la simple forme. C'est loin d'être facile.

 

J'ai donc entrepris le lecture de El subdesarrollo social de España et j'ai peu à peu saisi la logique, le raisonnement de Vicenç Navarro. On comprend vite que ce n'est pas un marxiste entendu comme "tout-état" et "victoire du prolétariat sur la bourgeoisie". C'est un farouche défenseur de la sociale-démocratie suédoise et son "welfare state", fruit d'une alliance entre les classes populaires et les classes moyennes, toujours d'actualité dans un monde mondialisée et en proie au néo-libéralisme.

 

Sa conception des classes sociales est basée sur 3 choses: la différence de revenus (à l'intérieur d'un même pays entre classes sociales et entre les pays), la différence de pouvoir d'influence (le concept de domination) et la différence entre les opportunités sociales des groupes sociaux. La place dans l'appareil productif n'a que peu d'importance (il ne l'aborde même pas) mais c'est la distance entre les uns et les autres, et l'accumulation de capital (au sens large), qui définit selon lui (enfin d'après ce que j'ai compris) les classes sociales (et l'identification sociale).

 

Je suis pas toujours d'accord avec ce qu'il dit (notamment sur l'association franquisme/fascisme, la définition de classe sociale, son analyse trop politique de l'évolution du système économique, et autres choses) mais c'est affaire de fond plus qu'autre chose. Pour autant j'aprécie ce brillant esprit et une bonne partie de ce qu'il dit. J'ai même envie de dire, ça fait du bien d'entendre cela...ça change des discours "prêt à penser" des média.

 

Lors de la dernière séance, il a tenu des propos qui m'ont beaucoup émus. Après nous avoir remercié pour notre présence en cours et parlé de l'examen, il a insisté sur le fait que réussir ses études et avior un boulot, c'était très bien (il nous le souhaitait sincerement), mais c'est peu important ("no es el mes important"). Ce qui comptait pour lui c'était, quoi qu'on devienne, de faire le maximum pour les classes populaires, les plus démunis et les plus dépendantes du "welfare state" petit à petit démentelé. Il nous a encourager à militer, quelque soit le parti ou l'association/syndicat, pour changer cela, en nous basant notamment sur ce que nous avons appris (particulièrement la rigueur scientifique même en sciences sociales, avec l'importance des chiffres).

 

Et c'est en faisant une dernière référence à tous ceux qui se sont battus pour la démocratie (contre franco) et à ce qui a été l'oeuvre de la progressiste Seconde République espagnole, aujourd'hui oublié, qu'il nous a laissé partir. Je n'oublie pas ces mots... .