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15 avril 2013

Echec du projet d’une collectivité unique d’Alsace

Le 7 avril dernier, les Alsaciens étaient appelés à se prononcer sur le projet de création d’une « collectivité territoriale d’Alsace » fusionnant le conseil régional et les deux conseils généraux. Pour être validé, le projet devait être approuvé par au moins 50 % des électeurs, mais aussi par au moins 25 % des inscrits, et ce dans chacun des deux départements. Les électeurs ont tranché, le projet est rejeté (les électeurs du Bas-Rhin étaient pour, ceux du Haut-Rhin contre).

Les grandes lignes du projet

 

La collectivité territoriale d’Alsace devait exercer l’ensemble des compétences aujourd’hui dévolues aux trois collectivités. Pour faire simple, je résume : l’action économique, la formation professionnelle, les lycées au nom de la région, l’action sociale, le transport interurbain et les collèges au nom des départements.

 

Pour créer des « dynamiques nouvelles », il était envisagé de laisser de nouveaux domaines d’intervention  à la future collectivité unique : l’économie et l’innovation, la coopération transfrontalière, la culture et le patrimoine, la mobilisation des fonds européens, la culture régionale ou le logement et l’habitat.

 

Sur le plan organisationnel, afin de ménager la sensibilité des élus et des territoires, il était prévu que l’assemblée délibérante (l’Assemblée d’Alsace) siégerait à Strasbourg, tandis que le conseil exécutif, élu par l’assemblée et responsable devant elle, serait à Colmar. Le nombre d’élus devait sensiblement baisser.

Les raisons de l’échec

Petite liste non exhaustive des raisons évoquées, ici ou là, pour expliquer le rejet d’une majorité d’électeurs alsaciens, du projet de collectivité unique :

Les sujets institutionnels ne sont jamais très mobilisateurs. Ainsi le référendum national consacrant le passage du septennat au quinquennat n’avait pas mobilisé les foules. Soit le sujet apparait trop technique pour polariser l’opinion, soit le sujet apparait sans enjeux et les électeurs boudent le scrutin.

Porté par les exécutifs locaux (UMP), ce projet a divisé autant la droite locale que le PS, créant beaucoup de dissidence. En outre, il n’a pas reçu le soutien de dirigeants nationaux, tant de l’UMP que du gouvernement (pourtant favorable), contrairement aux tenants du non (visite de Mélenchon et Le Pen).

En même temps, le contexte national (difficultés économiques, inquiétudes sociales, impopularité de l’exécutif,) a sans doute alimenté l’abstention, voir favorisé le non dans les derniers jours (affaire Cahuzac).

Plus localement, alors que de l’extérieur on imagine généralement l’Alsace comme un territoire culturellement homogène, du fait d’une certaine identité régionale, les résultats révèlent finalement une fracture (peut être même une rivalité ?) entre les deux départements.

Un rapport au territoire à repenser

Ce projet d’une collectivité territoriale unique se voulait une réponse au « problème » du mille feuille administratif français. Les porteurs de ce projet profitaient ainsi d’une possibilité ouverte par la réforme territoriale de décembre 2010, qui autorisait le rapprochement voire la fusion de plusieurs (échelons de) collectivités.

J’étais pour ma part favorable à ce projet, moins pour ses prétendues économies que pour la forme de décentralisation qu’elle pouvait représenter. D’autres collectivités (région et départements, départements et communautés urbaines), ayant des projets similaires, étaient très attentives à l’expérience alsacienne. Pas sûr que l’issue du référendum les pousse à continuer.

Il est de bon ton aujourd’hui de taper sur les collectivités locales et en particulier sur le département, appelé à disparaitre au profit des régions d’une part, et des groupements de communes d’autre part. Cela permettrait soit disant de faire des économies et à terme de baisser les impôts locaux. Il faudrait tout simplifier etc. Je m’insurge contre ce genre d’arguments.

Il est tout à fait possible que de telles opérations permettent des économies sur certaines fonctions support (service des marchés, des achats, juridiques, RH) et sur certains frais de représentation (indemnité d’élus, frais de communication…) mais le gros des compétences continuera d’être assuré. On ne licenciera pas le personnel et les dépenses d’intervention seront toujours aussi importantes (voir plus).

Plus important encore, et c’est la leçon du projet alsacien, le Département représente une collectivité de proximité très importante pour les territoires majoritairement ruraux. Leur suppression dans ces zones, généralement touchées par la disparition des services publics (la poste, la trésorerie locale, pôle emploi…), éloignent le centre de décision des citoyens. Ce qui renforce ce sentiment d’abandon politique et de désertification. Ceci d’autant plus lorsqu’il n’y a aucune intercommunalité avec une taille suffisante pour assumer les compétences du Conseil Général.

La décentralisation consiste en un transfert de compétences de l’Etat vers des entités distinctes de lui, les collectivités locales. Jusqu’ici ce transfert a été homogène – petite exception faite pour la Nouvelle-Calédonie, les DOM-TOM et la Corse - et descendant, c'est-à-dire à l’initiative du gouvernement. Ce projet ouvrait la possibilité d’une décentralisation à la carte, en fonction des besoins et des volontés politiques des territoires.

Plutôt que d’imposer a priori et d’en haut l’organisation territoriale décentralisée, il serait intéressant d’adopter la démarche inverse : partir du territoire, de ses besoins, de ses forces, de ses projets, pour définir l’organisation adéquate. La démocratie locale ne peut pas se résumer à une logique de guichet. Autonomie et expérimentation n’exclut pas un contrôle de l’Etat et un cadre juridique minimal commun.

19:00 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0)

23 mars 2013

Réforme des retraites : les points à aborder.

Le sujet a été plusieurs fois abordé ces derniers mois. Le président de la République l’a récemment confirmé. Le gouvernement de Jean-Marc Ayrault devrait bel et bien engager, au cours de cette année, une réforme de notre système de retraite. Une commission a été mise en place pour dessiner des propositions de réforme. Le rapport est attendu en juin. Les perspectives financières du système de retraite ont été rappelées par le Conseil d’Orientation des Retraites (COR), dans son dernier rapport.

La réforme sera-t-elle paramétrique ou plus globale ? Autrement dit est ce que le gouvernement va plutôt jouer sur certains leviers (durée de cotisation, taux de cotisation, âge légal, montant et conditions des retraites etc.) ou entreprendre une refondation plus en profondeur du système (en allant vers un régime à points…) ? Même si officiellement il n’a pas tranché, le gouvernement semble privilégier la première solution. Il faut dire qu’à l’exception du retour partiel à la retraite à 60 ans, l’exécutif ne s’est pas jamais trop avancé sur le sujet.

Je ne vais certainement pas me prononcer ici sur la pertinence, l’intérêt ou le risque de telle ou telle mesure, de tels ou tels types de réforme. Car au-delà des tendances générales, je n’en ai simplement pas les connaissances requises. Toutefois tout projet de réforme devrait, à mon sens, aborder nécessairement certains points, certains sujets gravitant autour de la question des retraites. Mais au préalable, deux « évidences » devraient être à l’esprit de nos gouvernants et de nos concitoyens.

Deux préalables à rappeler.

Tout d’abord, toute réforme des retraites ne devrait pas être annoncée comme « définitive ». La droite, qui a réformé le système à trois reprises, a souvent annoncé qu’avec les mesures qu’elle adoptait, le système était sauvé. Et quelques années après, le sujet revenait sur la table. Les perspectives du système reposent sur des facteurs trop aléatoires (démographie, espérance de vie, taux de croissance, taux d’emploi de la population), même si des tendances lourdes se dessinent. Le principe d’un rendez-vous triennal/ quadriennal/ quinquennal, pour faire le point et modifier le système à la marge, devrait être retenu et convenu par tous.

Deuxième évidence à rappeler, même si dans les temps qui court cela s’apparente à une chimère, aucune réforme du système des retraites n’est viable sans un retour de la croissance économique. Inutile d’espérer retrouver les 4-5% de croissance des Trente glorieuses. Mais seule la croissance économique, créatrice de richesse et d’emploi, peut garantir la soutenabilité à long terme du système des retraites et viabiliser tout projet de réforme d’ordre paramétrique. En d’autres termes, le seule retour de la croissance ne vaut pas réforme des retraites mais aucune réforme des retraites n’est tenable sans perspectives de croissance viable.

Les chantiers à entreprendre.

L’emploi des seniors.

Depuis vingt ans, et plus encore depuis 2003, les gouvernants s’efforcent d’allonger la durée de cotisation, et par là de retarder l’âge effectif moyen de départ à la retraite. Autrement dit il faut travailler plus longtemps. Les dispositifs qui permettaient un départ anticipé ont été durcis ou supprimés. Résultat, le taux d’emploi des seniors a progressivement augmenté depuis dix ans.

Le problème, c’est qu’à partir de 55-57 ans, retrouver un emploi ou le garder, n’est pas chose facile. Le risque pour les seniors, si on augmente encore la durée de cotisation, c’est de passer les années manquantes au chômage ou au RSA/ASS, ce qui ampute leurs futures retraites (en plus des difficultés présentes). Il faut donc encourager les entreprises à maintenir ces salariés en activité (aménagement du temps de travail, postes adaptés, nouvelles tâches etc.).

L’emploi des jeunes.

De l’autre côté de la chaine, les jeunes rentrent de plus en plus tard sur le marché du travail, en partie en raison de l’allongement des études. Toutefois, malgré des diplômes et des qualifications, l’accès au marché du travail en général et au premier emploi est particulier, relève du parcours du combattant. Le difficile démarrage de la carrière professionnelle n’est pas sans conséquence sur les droits à la retraite future, même si évidemment à cette classe d’âge, la retraite est un sujet bien lointain.

Même si comme pour les seniors, l’amélioration du taux d’activité des jeunes dépend fortement de l’amélioration de la conjoncture économique, des initiatives peuvent améliorer l’accès au marché du travail : développer l’alternance, l’apprentissage, le tutorat (principe du contrat de génération), la transmission d’entreprises, professionnaliser en partie l’enseignement universitaire, cibler les contrats aidés sur les moins qualifiés etc.  

Les conditions de travail et la pénibilité.

Il me semble évident que si l’on demande aux gens de travailler plus longtemps, que ce soit pour assurer le financement du système de retraite « dans l’immédiat » ou pour partager le temps acquis d’espérance de vie, encore faut-il que le travail soit supportable. Même si des progrès ont été enregistrés en matière de conditions de travail, une réflexion doit impérativement s’ouvrir sur le sujet.

Outre la réduction des accidents de travail et des maladies professionnelles, un plan d’action doit être mené sur les conditions de travail (ergonomie et aménagements des postes/ tâches), en particulier dans les secteurs d’activité au travail très physique, même si les métiers plus « intellectuels » (de bureaux) ne doivent pas être oubliés.

Une vraie sécurité sociale professionnelle.

Le projet de sécurité sociale professionnelle a été développé et défendu par plusieurs organisations syndicales dont la CGT et la CFDT. Il part du principe que les droits sociaux doivent être associés non plus à l’emploi occupé mais au salarié, quelque soit les changements qui surviennent au cours de sa carrière professionnelle. Ainsi des droits à la formation continue, acquis dans telle entreprise, devraient pouvoir être transportables dans une autre entreprise, si le salarié est amené à changer d’activité.

Une vraie sécurité sociale professionnelle doit pouvoir mieux armer les salariés contre tous les changements qu’ils subissent tout au long de leur vie professionnelle. La « transportabilité » de droits pourrait ainsi faciliter les mobilités professionnelles ou géographiques, les reconversions professionnelles, mieux couvrir les salariés à temps partiel ou cumulant plusieurs petits boulots. L’accord national de janvier dernier n’en est qu’un prémisse.

17:08 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (1)

22 février 2013

Haro sur l’enseignement des SES

C’est une idée reçue qui a la vie dure et que diffusent régulièrement certains milieux politiques, économiques et médiatiques dans ce pays : « Les Français ont une très faible culture économique. La faute à l’enseignement de cette discipline, notamment au lycée, pour le moins catastrophique ».

Reprochant une lecture « anti-entreprise », le Medef recommandait en 2006 une révision des manuels scolaires et une initiation à l'entreprise dès le plus jeune âge afin de créer une «culture favorable à l'entrepreneuriat».

En 2008, alors membre d'une commission sur l’enseignement, Rocard qualifiait l'état de l'enseignement de l'économie de «catastrophe ambulante» et le rendait «responsable du blocage du dialogue social dans notre pays». Avant de se rétracter.

Dans une émission radio (peut être BFM), Dominique Seux (éditorialiste chez Les Echos) analysait régulièrement chaque point du programme de SES sous l’angle de « l’économie contemporaine » et le jugeait grosso modo incomplet, biaisé et déconnecté des réalités économiques.

Enfin, dans un commentaire du dernier livre de Guillaume Duval – Made In Germany, très critique sur le fameux modèle allemand – F.O.G (Le Point) taclait au passage les enseignants qui « "apprennent" l'économie à nos enfants en les gavant comme des canards d'une mixture pseudo-marxiste ».

Soyons clair, l’école sera toujours un sujet qui soulève les passions. Car elle pose la question de la transmission de savoirs, de valeurs, de normes, de représentations du monde social, d’une génération à une autre ; et parce qu’elle est au cœur de notre modèle républicain.

Les critiques adressées à l’enseignement des sciences économiques et sociales relèvent de l’idéologie, ou pour être moins catégorique, de lieux communs sans intérêts dits sur le ton du « c’était mieux avant », « oh le niveau baisse », couplé d’une ignorance crasse sur ce qu’est l’enseignement secondaire et ses limites.

Il me semble important de rappeler quelques vérités basiques :

- L’enseignement primaire et secondaire n’a pas vocation à former des salariés (ou des entrepreneurs) mais à prodiguer un enseignement de base sur un certain nombre de disciplines, et à former des esprits capable de raisonner, de penser, de s’exprimer et je dirai, de se surpasser. A chacun de se « spécialiser » après selon ses projets.

- L’enseignement de SES est une initiation à l’économie politique et à la sociologie, deux disciplines distinctes mais complémentaires pour la compréhension de certains sujets. On s’attache surtout à faire comprendre des notions de base, qu’on éclaire avec plusieurs points de vue (autrement dit les principaux courants de pensée).

- L’économie « mathématisé », tel qu’enseigné dans l’enseignement supérieur, n’est pas enseignable au lycée, pour la simple raison que les notions mathématiques nécessaires ne sont pas encore vues. Et la microéconomie de base est quand même d’un intérêt limité.

- Le nombre de connaissances enseigné aux élèves du secondaire est très important (voir le nombre de matières, d’heures, qui plus est à un âge ingrat même si on a plus de facilités qu’à l’âge adulte) du coup il est difficile d’espérer un approfondissement de ces connaissances à ce stade d’enseignement. C’est le rôle du supérieur d’y pourvoir.

Je trouve assez mal placé ces leçons d’économie quand on voit le parcours universitaire de leurs auteurs : des études de droit, de journalisme, de commerce. Et quand on commente l’actualité tous les jours (et c’est un métier à part entière), je ne crois pas qu’on ait le temps de prendre du recul et d’analyser les choses sur le fond.

02 février 2013

Rocard et la réforme des retraites

Michel Rocard était interviewé le 26 janvier dernier par le Journal du Dimanche. La sortie de son dernier livre – La gauche n’a plus le droit à l’erreur coécrit avec Pierre Larrouturou – crée l’occasion de reparler de la réduction du temps de travail (RTT) et de la réforme des retraites. Il faudra un jour que j’écrive une note sur la RTT. Mais sur les retraites, voilà ce qu’a dit Rocky : 

« L’amputation du pouvoir d’achat (des pensions) est imbécile, alors que le pays a besoin de davantage de consommation. La seule solution est d’allonger la durée de cotisation, d’aller peut-être jusqu’à 43 annuités. La France est le seul pays développé qui a fixé un âge de droit au départ à la retraite. La réforme Sarkozy a fait passer au forcing les 62 ans… C’est décoratif, cet âge n’est pas une limite physique, ni individuelle. (…) Il faut dire la vérité aux Français, le vrai calcul se fonde sur la durée de cotisations, pas sur un droit lié à un âge borné et inutile. En conséquence, on peut aller jusqu’à 65 ans. C’est vivement souhaitable, à tous points de vue. Il y a une mortalité forte juste après 60 ans car le travail maintient en forme. Et travailler plus longtemps résoudrait le sous-emploi des seniors. Ce serait un apport considérable. »

Mes remarques :

Le gel des pensions retraites, piste sérieusement envisagée pour rééquilibrer les caisses de retraites complémentaires, se traduit du fait de l’inflation, par une perte de pouvoir d’achat. Si le geste peut effectivement faire économiser quelques millions/milliards d’euros, c’est aussi toucher à la consommation des ménages (ici retraités) alors que l’économie fait du surplace.

La France n’est pas le seul pays développé à avoir fixé un âge de droit au départ à la retraite. Comme dans d’autres domaines, il n’y a pas là non plus de « particularité française ». En Espagne il est (était ?) fixé à 65 ans et 35 ans de cotisations. En Allemagne, l’âge légal est de 67 ans. Hélas, je ne retrouve plus le tableau comparatif que j’avais trouvé sur le sujet.

Rocard a raison sur le fait qu’avec l’allongement de la durée de cotisation, l’âge de départ à la retraite perd progressivement et complètement de sens. Pour un jeune comme moi, qui a fait des études et qui est rentré plus tard sur le marché du travail, la retraite à 60 ans est hors de portée. Il en va autrement pour ceux, en activité, qui approchent du seuil en question (60/62).

Travailler plus longtemps résoudrait le sous emploi des seniors !? La France est marqué par un taux d’emploi des seniors (plus 55 ans) assez faible (30-35%). Améliorer ce taux, comme celui des jeunes, apporterait des ressources supplémentaires au système de retraites. Mais ce n’est évidemment pas si simple.

Le relèvement progressif de l’âge légal de départ à la retraite à 62 ans contraint, de fait, les salariés en âge de partir, à retarder leur départ. Les statistiques ont d’ailleurs montré des départs moins nombreux suite à la réforme de 2010. Mais c’est valable pour des seniors encore en activité et en capacité à rester plus longtemps dans leurs emplois .

Le problème c’est pour ceux qui perdent leur travail au cours de la cinquantaine, et qui ont du mal à en retrouver. Dans ce cas, l’allongement de la durée de cotisation transforme des préretraités en chômeurs de longue durée ou, au vu des intentions de réformes du régime d’indemnité chômage, en bénéficiaires du RSA ou ASS,  avec in fine des pensions moindres. De quoi réduire à néant les progrès enregistrés ces dernières décennies en matière de niveau de vie des retraités (pouvoir d’achat).

Sur le taux de mortalité après 60 ans, les propos de Rocard mériterait d’être développés et précisés. Je ne sais pas d’où il sort ces chiffres/ cette tendance. Beaucoup de problématiques sont derrière tout ça : la pénibilité au travail, l’occupation de son nouveau temps-libre (loisirs, volontariat, bénévolat), la prise en charge des problèmes de santé arrivés à un âge certain (encore que je suis persuadé que ça se déclenche plus tard).

Tout ceci m’amène à parler de la réforme des retraites, mais c’est pour un nouveau billet.

10:40 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (11) | Tags : rocard, larrouturou

20 janvier 2013

Autour de la "taxe à 75%"

Le Conseil Constitutionnel a censuré, entre autre, l’article de la loi de finances 2013 relatif à la taxe exceptionnelle à 75%, promise par le candidat Hollande en février dernier. L’opposition s’est félicitée de ce coup d’arrêt donné au « matraquage fiscal » de la nouvelle majorité. Certaines professions et personnalités ont fait part de leur soulagement. D’autres y ont vu un manque de professionnalisme et d’ambition de ce gouvernement, étant donné les motifs (plutôt techniques) de rejet.

Le principe de cette contribution exceptionnelle.

Elle s’applique pour 2012 et 2013, aux seuls revenus d’activité supérieurs à un million d’euros. Ces revenus comprennent les traitements et salaires, les rémunérations des gérants et associés de sociétés, des bénéfices (BIC, BNC, BA), des gains de portefeuilles d’actions (traduction personnelle, très générique donc très incomplète). Le taux symbolique de 75%, ne s’appliquant qu’aux revenus dépassant le seuil considéré, se transforme en 18% dans le texte rejeté. Elle concernerait entre 1500 à 3000 personnes et devrait rapporter entre 200 et 300 millions d’euros.

Nous ignorons évidemment quelle était la part de sincérité et de calcul politique chez François Hollande lorsqu’il a fait cette annonce. Cette proposition se voulait en tout cas une réponse à une dérive précise : l’augmentation régulière et mirobolante des rémunérations des plus gros PDG français, alors même qu’il a été démontré que les plus aisés payent proportionnellement moins d’impôts sur le revenu qu’ils ne le devraient en théorie, étant donné les niches fiscales et autres mécanismes d’optimisation. Les réactions n’ont pas manquées : démagogie, populisme, haine des riches, archaïsme…

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La régréssivité de l’IRPP (Piketty)

 La fiscalité française n’est pas confiscatoire.

Les détracteurs de toute politique fiscale un peu offensive mettent en avant le niveau de prélèvement obligatoire (impôts et cotisations sociales) de la France. Pourtant ce taux est plus ou moins constant depuis le milieu des années 80 (autour des 42-44%) et cache surtout l’affaiblissement des impôts directs et progressifs, par la création et l’augmentation de taxes et autres contributions indirectes (une trentaine de créés sous Sarkozy).

Ainsi l’impôt sur le revenu a subit plusieurs réformes réduisant son impact. Réduction des tranches en 1993 (de dix à sept) et en 2005 (de sept à cinq), réduction des taux (2001 à 2003), multiplication des niches fiscales (environ 75 milliards)… autant de mesures qui réduisent la facture fiscale des plus aisés. Je passe sur l’allègement de la fiscalité du patrimoine (ISF) et des donations et droits de succession depuis cinq à dix ans, même si les dernières lois de finances (Fillon puis Ayrault) entrainent un relèvement.

 

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Barème marginal IRPP (Piketty et Berruyer)

 

Le chiffre de 75% a eu un fort impact psychologique, les gens confondant taux global d’imposition et taux marginal. Pourtant la France (et bien d’autres pays, dont les Etats-Unis) ont déjà atteint par le passé un taux marginal d’imposition comparable, sans que cela nuise à la prospérité économique (les Trente glorieuses) ou suscite un départ massif des plus aisés. Quand on voit le taux marginal d’imposition aujourd’hui, et son évolution depuis cinquante ans, on se dit qu’on a de la marge.

La France est dans la moyenne des pays de l’UE-15 en matière de taux marginal sur l’impôt sur le revenu. Selon Denis Clerc, rédacteur à Alternatives économiques, le taux marginal supérieur est à 56,6 % en Suède, 55,4 % au Danemark, 53,7 % en Belgique, 52 % aux Pays-Bas et en Espagne, 50 % au Royaume-Uni. Même en y ajoutant la CSG et la CRDS, la fiscalité française maximale sur le revenu se situerait désormais à 50,8 %.

Lutter contre la concentration de richesse et la rente.

Depuis les années quatre-vingt, les économies et sociétés développées sont marquées par deux phénomènes préoccupants : la concentration de richesse dans les mains d’une minorité (le fameux 1%) et le développement de la pauvreté (exclusion et salariat-pauvre). La théorie de la pyramide de champagne (on verse le champagne en haut, il fini par se déverser dans toutes les strates et toucher la base) ne fonctionne pas. Sans redistribution, la machine est grippée.

 

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Les détracteurs ont souvent avancé qu’un tel taux d’imposition ferait fuir les talents et découragerait l’entreprenariat. Pourtant la limitation des grandes rémunérations dans les entreprises publiques, décidé par le gouvernement Ayrault, n’a pas entrainé des démissions en chaine. Et dans l’absolue, personne n’est irremplaçable. Si départ il y a, d’autres personnes prendront place, pas moins talentueuses ou compétentes. Il n’existe pas de marché international des PDG.

Tout récemment, une étude de l’Ecole de Management de Strasbourg a démontré qu’ « il n’existe pas de corrélation entre la rémunération des PDG et les performances financières de leurs entreprises. Le fait qu’une entreprise crée en interne un Comité des Rémunérations a plutôt pour effet de faire monter le salaire des dirigeants. Et la présence d’administrateurs indépendants au CA de l’entreprise ne garantit aucunement une modération du salaire du PDG ». (Nouvel Obs).

Ces rémunérations mirobolantes sont la résultante d’une financiarisation accrue des stratégies d’entreprises et des rentes de situation dont bénéficient ces PDG. Certains sont passés par la sphère publique avant d’aller se faire du blé dans le privé, souvent à l’occasion des privatisations des entreprises publiques. Parfois même, les entreprises qu’ils président bénéficient de subsides publics ou d’un quasi monopole dans la conclusion de marché avec l’Etat.

Malheureusement on voit bien que tous les mécanismes d’autorégulation proposés par le patronat (qu’il s’agisse de chartes éthique ou de bonne gouvernance) ne fonctionnent pas. Les rémunérations continuent d’augmenter, dans des proportions conséquentes, alors même que le salaire moyen stagne. Et les mêmes qui demandent plus de flexibilité aux salariés, se protègent par des parachutes dorés.

Puisque l’Etat ne peut pas réglementer les rémunérations du secteur privé, mis à part le niveau du SMIC, il doit utiliser la seule arme à sa disposition : la fiscalité. Sans oublier l’esprit initial d’une imposition progressive : plus on touche, plus on paye. Mélenchon avait parlé d’un salaire maximum, je me demande si la réflexion collective ne devrait pas se poser aujourd’hui sur un revenu maximum, dont la progression dépendrait de celle du revenu minimum.