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10 mars 2009

Comment analyser le retour des Etats aujourd'hui ?

Dans son dernier ouvrage, Michel Aglietta nous explique comment la crise financière, qui a éclatée aux Etats-Unis durant l’été 2007, s’est rapidement étendue, passant de la sphère financière à l’économie réelle. La faillite des deux banques d’affaires américaines, abandonnées par le Trésor américain et la FED à titre d’exemple et d’avertissement, et la chute de la bourse et de la confiance qui en a suivi, a obligé les gouvernements à mettre sur pieds des plans de sauvetage du système bancaire. Le ralentissement économique, faisant courir de gros risques de récession à l’échelle mondiale, a poussé à nouveau les gouvernements à annoncer des plans de relance. Du coup, nombre d’observateurs y voient le signe d’un retour en force de l’Etat dans la sphère économique.

 

Pourtant, l’Etat a toujours été plus ou moins présent, d’une manière ou d’une autre, dans la sphère économique et sociale. Les critiques dont il a fait l’objet, par l’intermédiaire des institutions publiques et des politiques publiques le représentant, et la vague néo-libérale qui en a suivie, ne doit pas faire illusion sur le rôle toujours actif de l’Etat. Producteur de normes qu’il fait appliquer par son pouvoir de contraintes et son monopole de la violence légitime, l’Etat est aussi producteur de biens et de services, plus ou moins étendus selon les pays, et acteur de redistribution de richesses.

 

Aussi, parler d’un retour des Etats semble erroné. A moins qu’il s’agisse d’une action spécifique de l’Etat, comme son action de bouclage macro-économique propre au keynésianisme. Il s’agira alors de se demander de quel type d’intervention il s’agit et si elle est adaptée à la situation.

 

A cette fin, nous expliquerons dans une première partie en quoi la crise financière réhabilite l’interventionnisme économique des Etats, avant de préciser que la crise est pourtant structurelle, et qu’à ce titre, elle appelle à des politiques de changements structurels.

 

I - La crise économique et financière réhabilite l’interventionnisme économique des Etats.

 

L’intensité de la crise actuelle et les risques de récessions qu’elle fait courir à l’économie mondiale a conduit les gouvernements des pays développés et émergents, à mener des actions économiques ciblées de l’Etat (A) qui restent malgré tout dans le cadre de l’Etat régulateur (B).

 

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A. L’action économique des Etats aujourd’hui…

 

Alors que l’action de l’Etat dans la sphère économique était assez mal vue, discutée tant sur le principe que sur les résultats mêmes, les limites actuelles d’un fonctionnement non-régulé (par les autorités publiques) des marchés (et notamment financiers) réhabilitent l’action de l’Etat.

 

Ainsi, afin d’éviter un effet domino des faillites bancaires, les gouvernements ont mis sur pied des plans de sauvetage du système bancaire. Néanmoins, ces plans diffèrent d’un pays à l’autre. Aux Etats-Unis, le Trésor américain a recapitalisé un certain nombre de banques, c’est à die qu’il a fait entrer des fonds publics dans le capital (fonds propres) des banques. Cette « nationalisation » du système financier américain s’est accompagné du rachat, par le Trésor et la Fed, d’une partie des produits toxiques, dites titres pourris, dont les risques n’ont été révélés qu’avec la crise. En France, le gouvernement a surtout cherché à assurer les échanges interbancaires, par un fonds de prêts de 300 milliards d’euros emprunté sur les marchés financiers, car les banques ne se faisant plus confiance, elles n’assuraient plus leurs missions fondamentales. Derrière les échanges interbancaires, c’est les risques de liquidité des PME qui est en jeu. Ce faisant, on assiste à un retour discret de la politique monétaire aux mans des Etats, alors que cette activité avait été externalisée.

 

Face au ralentissement, parfois brutal, de l’activité économique, les Etats ont décidés de recourir à des plans de relance ciblés. Si la aussi les mesures diffèrent d’un pays à l’autre, tous les plans se rejoignent parl leur faible envergure : ces plans représentent entre 0,2 et 1% du PIB. Les Etats membres de l’Union européenne ont décidés, au vu de la conjoncture actuelle, de suspendre les règles du pacte de stabilité et de croissance qui limitait les déficits à hauteur de 3% du PIB et la dette publique à hauteur de 60 % du PIB.

 

Les gouvernements peuvent donc laisser courir leur déficit pour soutenir l’activité. Certains privilégient des baisses d’impôts (Espagne) et de charges (France), d’autres les dépenses. Certains veulent soutenir la consommation (Gordon Brown va baisser de deux points les taux de TVA en Grande-Bretagne), d’autres insistent sur l’investissement (la France veut relancer voir anticiper certains projets/ marchés publics). Souvent, il s’agit aussi d’apporter des aides publiques aux secteurs en grande difficultés (les Etats-Unis et l’Allemagne vont soutenir leur industrie automobile). On est loin des plans de relance du type keynésiens des années 60/70.

 

<!--[if !supportLists]-->B. <!--[endif]-->… Reste dans le cadre, à peine élargie, de l’Etat régulateur.

 

Dans les années soixante-dix, quatre vingt, on assiste à un tournant libéral. La crise des années soixante dix et le ralentissement économique, le chômage et la hausse des prix qu’elle a entrainée, a dévalorisé l’action de l’Etat dans la sphère économique. Les quelques tentatives de plans de relance, en France notamment en 1976 sous le gouvernement Chirac et en 1981 sous le gouvernement Mauroy, ont donnés des résultats négatifs, notamment en matière d’inflation et de balance des paiements.

 

Le renouveau du courant néo-libéral, derrière les chefs de file qu’ont été Milton Friedman et Friedrich Hayek, et les politiques qu’ils ont inspirés, dans les gouvernements Thatcher en Angleterre et Reagan aux Etats-Unis, s’est centré sur la critique de l’Etat. Jugé inefficace et dépensier, l’Etat doit laisser faire le marché. Toute entrave de l’Etat sur le marché empêche ce dernier de s’auto-réguler.

 

Les politiques publiques ont alors consistés à privatiser nombre d’entreprises publiques, à restreindre autant ce peu l’action de l’Etat, à dérèglementer le plus possible pour ne pas laisser entraver le bon fonctionnement du marché. Afin de redynamiser la concurrence, les pouvoirs publics ont crées des agences de régulation pour encadre les dérèglementations en cours.

 

On est alors passé de l’Etat interventionniste à l’Etat régulateur qui, loin de réduire l’activité de l’Etat, la limite. L’analyse marxiste voit dans cet Etat interventionniste comme régulateur, un moyen pour les capitalistes de régler la crise de sur-accumulation de profits. En dévalorisant son propre capital, l’Etat permet au capitalisme de sortir de la crise.

 

II – La crise est structurelle et appelle à ce titre des politiques structurelles.

 

Face au risque de récession, les gouvernements reviennent aux « fondamentaux » et tentent des politiques conjoncturelles de relance alors même que la crise semble structurelle (A) et qu’il faudrait mener des politiques économiques structurelles (B).

 

<!--[if !supportLists]-->A. <!--[endif]-->La mode de régulation néo-libéral en crise.

 

Bien qu’une majorité d’économistes insiste sur la dimension financière des origines de la crise, cette dernière a aussi des origines d’ordre économique.

 

Tout d’abord, un des problèmes vient du partage de la valeur ajoutée qu’on définit comme l’ensemble des richesses qu’une économie créée en une année. Cette valeur ajoutée est redistribuée aux salariés, sous forme de salaires, et aux « capitalistes », sous forme de profits. Or ces vingt dernières années ce partage a été défavorable au facteur travail. Dix points de PIB ont été transférés du travail au profit, avec quelques nuances entre l’Europe et les Etats-Unis (voir Economie et inégalités de Thomas Piketty). Cela s’explique essentiellement par la modération salariale, adoptée en France dès 1983 pour lutter contre l’inflation qui entamait la compétitivité de l’économie française, et la recherche de compétitivité par les entreprises, dans le cadre de l’internationalisation des échanges. Mais si la part des profits a augmenté cela s’est traduit par une augmentation des investissements financiers, au détriment des investissements d’ordre productif ou cognitif (formation initiale et continue des salariés).

 

La financiarisation de l’économie est l’autre facteur du désordre économique actuel. On a assisté à une montée en puissance de l’actionnaire dans le rapport profit/captal. La logique de rentabilité que recherche l’actionnaire et que poursuivent une partie des cadres dirigeants d’entreprise (rémunérés via les stock options) conduit autant à presser la masse salariale qu’à réaliser des investissements de court terme. La recherche de gains de compétitivité (coûts) conduit au processus de délocalisation d’activités vers des pays aux coûts de mains d’œuvres moins chers et à certains licenciements économiques dans les pays d’origine. Cela est grandement permis par la grande mobilité des capitaux financiers qui reçoivent une meilleure rémunération que les facteurs de production moins mobiles (capital productif, travail qualifié et non qualifié).

 

Mais pour maintenir le niveau de consommation, on a assisté à un fort endettement des ménages. Aux Etats-Unis, en Grande Bretagne et en Espagne – trois pays très touchés par la crise immobilière et bancaire – le taux d’épargne est négatif quand en France il est de l’ordre de 10%. On a finalement financé la forte croissance économique de ces dix dernières années par un endettement continu des ménages, dont la valeur des biens immobiliers, garant de l’acquittement futur de leurs dettes, a fait l’objet de spéculations. Et quand la bulle spéculative a éclatée, la machine s’est grippée.

 

<!--[if !supportLists]-->B. <!--[endif]-->Un besoin de politiques structurelles : vers un nouveau New Deal ?

 

Il y a eu ces dix dernières années un affaiblissement croissant de nos appareils productifs. La logique financière explique en partie le manque d’innovations durables, privilégiant les investissements de court terme.

 

Ce manque d’innovations porteurs et notre mauvaise spécialisation actuelle explique la dégradation de notre balance des paiements (la balance commerciale entre autre) d’autant plus que nous axons la concurrence sur la compétitivité-prix (ou coûts) face aux pays émergents qui jouissent d’une main d’œuvre de bonne qualité et de moindre coûts.

 

Il faut alors faire des investissements massifs dans la recherche et développement, dans l’innovation (dans la logique schumpetérienne), dans le capital cognitif (via la formation initiale pour les étudiants et continu pour les salariés) et dans les infrastructures et sites productifs (par exemple les pôles de compétitivité).

 

Il faut finalement passer de la division (néo)-taylorienne du travail à la division cognitive du travail où l’enjeu est moins les gains de productivité que la recherche et le maintien de connexions, l’acquisition de compétences et de solutions. Cela permettrait de relancer la démocratie sociale dans nos économies sociale de marché et de relier à nouveau les sphères économiques, sociales et financières.

28 février 2009

Sauver les Pôles, nouveau combat de Michel Rocard

A 78 ans, et après une carrière politique bien remplie, Michel Rocard s'est officiellement retiré de tout activité politique élective le mois dernier. Mais cet infatigable militant ne compte pas pour autant abandonner le combat des idées et la défense des grandes causes.

Dans cet article publié sur Projet Syndicate, "Rocky" se lance dans la défense des pôles.

*

Depuis que l’humanité a inventorié et cartographié la planète, les pôles exercent parmi les hommes une fascination poétique et scientifique. Mais en fait, hors quelques baleiniers et quelques explorateurs, personne n’y allait voir de plus près, et l’immobilité sereine des décors arctique et antarctique s’accommodait fort bien de l’indifférence de l’humanité.

 

Mais la perspective du réchauffement climatique et plus généralement celle de la protection générale de notre niche écologique font que tout change.

Déjà, dans un rare sursaut d’intelligence politique collective, et pour prévenir tout risque de conflit international pour l’appropriation de territoires, un consensus international avait permis en 1959 que soit signé à Washington un traité sur l’Antarctique. Ce traité vouait l’Antarctique à des fins exclusivement pacifiques et visait à interdire qu’elle ne devienne ni le théâtre ni l’enjeu de différends internationaux. Il enregistrait les revendications territoriales proclamées, les déclarait « gelées » et en interdisait la manifestation sur le terrain. Ce traité comporte 27 nations actives, déclarées « consultatives », et 19 autres signataires. Il est de nature et de contenu purement diplomatique. C’est assez vite après sa signature que se manifestent des soucis écologiques. Ainsi sont ajoutés au traité, en 1972 une Convention sur la protection des phoques, en 1980 une Convention sur la conservation de la faune et de la flore marines de l’Antarctique, et surtout en 1991 un protocole signé à Madrid, relatif à la protection de l’environnement en Antarctique. J’ai eu l’honneur, en compagnie du Premier Ministre d’Australie de l’époque, Monsieur Robert Hawke, d’être l’initiateur de cette dernière négociation. Ce texte fait de l’Antarctique une réserve naturelle consacrée à la paix et à la  science pour cinquante ans renouvelables par tacite reconduction. C’est un très beau succès, qui fut loin d’être facile. Il a fallu rejeter une convention négociée et déjà signée sur l’exploitation des ressources minérales, et prendre le risque de rouvrir des négociations bien incertaines. C’était un peu un coup de bluff mais il a réussi.

L’environnement antarctique est aujourd’hui jalousement et efficacement protégé par la Communauté Internationale, qui est de fait la propriétaire de ce territoire nationalement indifférencié. C’est le seul cas au monde. Et c’est au point que les juristes qui préparent actuellement un statut juridique de l’espace (qui sera propriétaire de la lune, quel sera le statut des matériaux qu’éventuellement on en extraira un jour ?) se sont informés sur le « système du traité de l’Antarctique » pour y trouver des références ou des précédents.

Mais il faut reconnaître qu’au milieu de bien des difficultés l’Antarctique offrait au moins une grande facilité : il n’y avait que des manchots, mais aucun électeur, et notamment pas d’électeurs de nations différentes.

Il n’en allait pas de même en Arctique. Si l’Antarctique est un immense archipel continental de 24 millions de Km² recouvert de 4 à 5 Km d’épaisseur de glace, et fort éloigné de tout continent habité, l’Arctique n’est que de l’eau. C’est un océan très refermé, enserré entre l’extrême nord européen, la Sibérie l’Alaska, les îles canadiennes et le Groenland. Le pôle nord est à 4200 mètres sous l’eau. Il n’y a que cinq nations vraiment riveraines : la Norvège, la Russie, les Etats-Unis par l’Alaska, le Canada et le Danemark par le Groenland mais ce dernier va finir de conquérir son indépendance dans les quelques années qui viennent. Pendant toute l’histoire humaine connue la glace a pratiquement interdit toute navigation. Et l’Arctique dormait dans un silence indifférent.

Depuis trois ans, tout a radicalement changé. Le Groupe international d’études sur le climat – le GIEC créé par les Nations Unies – a établi que le réchauffement climatique n’est pas homogène sur la planète et que s’il a provoqué en moyenne au XXème siècle un réchauffement planétaire de 0,6 degré Celsius, dans la zone Arctique c’est 2 degrés.

On évalue d’autre part à près de 20% du total mondial les réserves pétrolières repérées sous l’Arctique. L’année 2008 est la première de l’histoire où les deux chenaux de navigation contournant la banquise polaire par l’Est le long de la Sibérie, et par l’Ouest le long des îles canadiennes, on été ouverts à la navigation un même temps plusieurs mois, permettant ainsi de passer d’Europe au Japon ou en Californie par le détroit de Béring  plutôt que par le canal de Panama ou par le sud de l’Afrique, économisant ainsi 4 ou 5000 kilomètres. On est fondé à penser, vu le réchauffement, que ce sera maintenant le cas tous les cas. Cela veut dire des milliers de navires, du dégazage, des marées noires, des pollutions de toutes sortes. Tout cela menace gravement la vie des populations esquimaux et Inuits, en même temps d’ailleurs que celle des ours blancs.

Pour couronner le tout, la Convention internationale sur le droit de la mer (Montago Bay 1982) prévoit que tout état exerce sa souveraineté absolue sur les 12 milles marins (20Km environ) de mer bordant ses côtes, et une souveraineté limitée par quelques conventions, mais  tout de même directe et presque absolue sur les 200 milles marins (360 km) qui borde ses côtes. Elle prévoit en outre que toute nation qui peut prouver qu’au-delà de ces 200 milles les fonds marins sont le prolongement indiscutable du plateau continental des 200 milles sur lequel elle exerce sa souveraineté peut demander d’ obtenir l’élargissement des limites de cette souveraineté. La Russie qui a réussi il y a trois ans à déposer par sous marin, exactement au Pôle nord, un exemplaire en platine de son drapeau national, revendique ainsi l’élargissement de sa souveraineté sur 37% de la surface de l’Océan Arctique, en deux zones dont la plus grande inclus le Pôle nord et la plus petite une immense réserve pétrolière…

Si l’on exploite ce pétrole les risques de pollution son là infiniment plus grands que n’importe où ailleurs. Et la Russie en plein réarmement n’aurait-elle pas l’intention d’installer des bases de lancement de missiles sous l’océan ?

On le voit, il y a urgence à négocier un traité assurant la paix et la protection environnementale de la zone arctique. Ce sera surement très difficile, mais c’est aujourd’hui une grande cause de l’humanité.

23:58 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : rocard

15 février 2009

Relance et protectionnisme: débat Christian Saint-Etienne - Emmanuel Todd

envoyé par franceinter

 

(1ère partie)


(2ème partie)

22 janvier 2009

Le moment Obama

 

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Mardi, après avoir prêté serment sur la bible d’Abraham Lincoln, Barack Obama est devenu officiellement le 44ème président des Etats-Unis d’Amérique. L’arrivée d’un noir - selon la terminologie américaine car chez nous on dirait simplement qu’il est métis - à la tête de la super-puissance du monde est tout un symbole au regard de l’histoire sociale américaine, marquée on le sait par la ségrégation raciale et la lutte pour les droits civiques.

Ces images de bonheur, au soir du 4 novembre 2008 où la victoire du candidat démocrate fut annoncée, de ces milliers d’américains, rassemblés dans toute leur diversité, avaient quelque chose de magiques. Les larmes du révérend Jesse Jackson, candidat malheureux aux primaires démocrates dans les années 80 et combattant infatigable pour les droits civiques, résonnent alors comme une victoire politique.

Mais l’activité symbolique, c'est-à-dire l’aptitude des hommes à produire et donner du sens à leurs actions et existences même et qui constitue un des aspects du politique, qui entoure l’élection puis l’entrée en fonction de Barack Obama, ne doit pas faire illusion. L’obamania, très rependue ces derniers temps dans les média traditionnels (mais aussi modernes, comme le net) et repris de façon presque pathétique par nombre de responsables politiques, me semble une attitude aussi puérile qu’hypocrite. Pour le dire d’une autre façon : on se ment à nous même.

 

La nouvelle administration américaine a été élue sous la bannière du changement. Oui, le départ de Georges W. Bush et de ses amis néo-cons est une très bonne nouvelle. Un soulagement même. Mais un changement d’équipe signifiera-t-il un changement d’orientations politiques ? A voir.

En matière économique, le risque de récessions est tel que la régulation publique - soit l’intervention de l’Etat dans l’économie - redevient légitime. Mais l’Etat américain ne s’est jamais privé d’intervenir dans l’économie pour défendre ses industries, et Georges W. Bush a déjà amorcé, à la fin de son mandat, un retour vers l’Etat mais selon la logique de « socialisation des pertes en attendant de re-privatiser les profits ».

 

Obama s’est engagé à réinvestir dans les infrastructures publiques, dégradées après trente ans d’Etat minimaliste, et dans le secteur automobile et énergétique. Mais s’il souhaite revenir sur les baisses d’impôts des hauts revenus accordées sous l’ère Bush, il vient d’annoncer des baisses d’impôts sur les classes moyennes pour relancer la consommation. Du côté du secteur bancaire et financier, nul ne sait encore très bien ce que compte faire la nouvelle administration : nationalisation temporaire des banques, refonte profonde du système, avec pourquoi pas une coordination au niveau des gouvernements (G20). Il reste qu’Obama est entouré de conseillers économiques aux positionnements différents. Lesquels écoutera-t-il ?

 

 

En matière sociale, comme l’a montré Thomas Piketty, le niveau des inégalités outre-Atlantique est revenu en trente ans à ce qu’il était au début du siècle dernier. Près de 40 millions d’américains sont sans couverture maladie (et dans la mesure où l’assurance sociale est au niveau de l’entreprise et qu’avec la crise, les licenciements se multiplient, on peut craindre le pire). Avec la crise de l’immobilier, des milliers d’américains se retrouvent à la rue. De même l’investissement en éducation est quand même à revoir. La question des syndicats est aussi posée. Enfin les inégalités sociales et de chances entre les populations blanches et noires ne doivent pas être occultées par les discours sur la diversité et le vivre-ensemble inter-ethniques.

Barack Obama s’est engagé à étendre le système d’assurance sociale. Nul ne sait vraiment s’il s’agira d’instaurer une sécurité sociale universelle (inspiré du modèle français) comme avait voulu le faire Hilary Clinton en 1993 ou bien d’une simple mesure visant à encourager la prise d’une police d’assurance. Le fait est que les lobbying des compagnies d'assurances sont très puissantes à Washington.

 

En matière de politique étrangère, la ligne américaine restera la même : la défense des intérêts américains.  Mais des variantes sont attendues. Sera-t-il plus ferme sur la question du Proche Orient ? Les Démocrates, comme les Républicains, restent proches de l’Etat hébreux. Sera-t-il moins va-t-en guerre que son prédécesseur ? Les Etats-Unis sont la seule puissance militaire capable de se battre sur deux fronts, mais le bourbier irakien et le gouffre financier qu’il représente laisse à penser qu’ils n’ont plus les moyens financiers d’entreprendre une autre guerre. Par ailleurs il ne faut pas oublier que le désengagement militaire en Irak impliquera un renfort en Afghanistan, où les forces internationales – dont française – agissant sous le mandat de l’ONU, sont appelés à être renforcées.

L’hyper-puissance américaine devrait donc utiliser le soft-power (diplomatie, dialogue, politiques d’influences) plutôt que le hard-power (action militaire, menaces). Est-ce à dire qu'il s'agit là de la fin de l'aventure néo-conservatrice des 8 dernières années ? Là où la doctrine réaliste met la défense des intérêts nationaux et l'équilibre des puissances au coeur de la politique étrangère des Etats, la doctrine néo-conservatrice met l'idéologie libérale (politiquement et économiquement s'entend) au service d'une politique internationale active, voire agressive. Et historiquement, jusqu'au années Reagan et Bush fils, ce sont plutôt les Démocrates qui ont activer la politique étrangère américaine (avec ce que cela a apporté en bien et en mal).

Le "moment Obama" annoncera-t-il une sorte de rupture dans la doctrine économique et sociale dominante comme l'a été le New Deal de Roosevelt à son époque ou bien sera-t-il simplement un repli stratégique de la puissante Amérique, le temps de relancer la machine économique et redorer la puissance ?

22:52 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : média, capitalisme

04 novembre 2008

75ème Congrès du PS (3)

Dans cette troisième note sur le congrès de Reims, je m’attarderai sur deux thèmes de réflexions qui m’occupent l’esprit depuis quelques jours : la question du leadership d’une part et l’étrange notion de « guerre de religions » au PS d’autre part.

Le leadership.

Avant que la crise financière ne finisse par éclipser le congrès du PS comme sujet d’actualité, les média s’intéressaient à la bataille interne des socialistes uniquement sous l’angle du leadership. Pour eux un parti est inaudible parce qu’il n’a pas de leader. Les questions de programme, de propositions, de méthode les importent bien peu, encore plus quatre ans avant les prochaines présidentielles. Soit...

Depuis un certain temps déjà, je m’interroge sur la notion de leader et sur le rôle qu’il doit occuper dans une organisation (comme l’est le PS) et le fonctionnement de celle-ci. Ni adepte de l’autogestion comme mode organisation sociale par excellence, ni pourfendeur pavlovien de l’autorité, j’ai malgré tout un mal fou à comprendre le besoin de « chefitude » que certains aiment exprimer sur d’autres, et dans lequel d’autres ont besoin de se placer vis-à-vis de certains. Autant par respect des conventions sociales je me soumets aisément au rapport d’autorité (étudiant vis-à-vis du professeur, malade vis-à-vis du docteur, enfant vis-à-vis des parents etc), autant je n’aime pas me faire commander.

Mais qu’est-ce qu’un leader ? Deux réponses me viennent en tête : une personne qui occupe un poste clé dans une organisation hiérarchique donnée et/ou une personne qui montre une capacité certaine d’influence et d’animation d’un groupe donné. Alors que le premier tire sa qualité de leader de la légitimité d’un poste ou d’un statut, le second la revendique de l’expérience sociale. Biens sûr il y a surement d’autres définitions plus appropriées.

Les principaux candidats plus ou moins déclarés au poste de Premier secrétaire conçoivent différemment le leadership. Bertrand Delanoë et Ségolène Royal me semble vouloir accéder au poste Premier secrétaire pour revendiquer le « leadership bureaucratique » comme source de leur autorité politique. Ils mettront en avant le vote des militants et/ou le ralliement des responsables fédéraux comme source de légitimité. Martine Aubry semble concourir au « leadership bureaucratique » pour mieux mettre en valeur son « leadership de la pratique sociale ».

Sur le rôle du leader dans l’organisation et le fonctionnement du PS, là aussi on note des divergences. Royal envisage(ait) de créer une sorte de dyarchie politique au PS : elle serait présidente du parti avec en dessous une sorte de secrétaire général qui s’occuperait, avec une direction pleine de nouvelles têtes, des affaires internes du PS pendant qu’elle parlerait aux « vrais gens ». Delanoë a une vision plus managériale : il faut un « vrai » chef qui sache initier des projets et trancher les décisions, un chef accompagné d’une direction resserrée où les gens ont intérêt à se bouger le fion s’ils veulent rester en place. Une véritable culture du résultat en somme. Martine Aubry semble privilégier une direction plus collégiale où on fixerait ensemble la position du PS et on la défendrait ensemble à l’extérieur.

Cependant entre ce que les trois affichent et ce qu’ils feront effectivement demain s’ils sont à la tête du PS, il peut y avoir des écarts abyssaux. Pour l’instant je me sens proche de la conception collégiale de la motion D. Je conçois le Premier secrétaire comme une sorte de super animateur, capable de faire travailler collégialement une majorité des forces du parti dans une direction et un secrétariat général rénové, resserré et qui sert à quelque chose.

« Guerre de religions » au PS

L’expression sonne mal lorsqu’on la rapproche du nom d’un parti politique laïc. Mais elle a un sens. La réflexion qui suit se base sur les propos entendus d’un intervenant de l’émission politique « Déshabillons-les » de la chaine LCP. L’émission que j’avais vu concernait le style Aubry, jugé comme « l’anti-Royal ». Les commentateurs analysaient les différences des mots employés, des expressions faciales et autres entre les deux dames du PS.

Puis j’ai entendu un « Aubry fait partie des hollandais ». Ce n’était pas une référence à François Hollande, le premier secrétaire du PS, mais à la culture protestante. Ce qui m’importe ici c’est moins la pratique religieuse de tel ou tel responsable politique, que le lien entre la culture peu ou proue religieuse et la pensée politique. Car mon sentiment est que la culture religieuse dans laquelle on baigne plus ou moins dans sa jeunesse structure pour partie (et seulement pour partie, je me garde bien de tirer des relations de causes à effet), la manière qu’un individu a de penser, de vivre et de faire la politique.

Bien qu’on observe depuis une trentaine d’année un recul du fait religieux dans notre société, l’histoire montre que politique et religion se croisent. La sociologie électorale met en évidence la tendance politique de chaque communauté religieuse (à noter que les tendances évoluent dans le temps et dans l’espace) et l’étude de l’histoire des idées ne peut faire l’impasse sur l’apport des religions et de leur contestation.

Au risque de faire trop de raccourcis schématiques, l’histoire tend à montrer que le protestantisme, par ses origines mêmes, constitue une certaine forme de pensée critique alors que le catholicisme (et ses institutions) rejoint les forces conservatrices (*). On voit que les deux religions, tout en partageant un tronc commun, n’utilisent pas vraiment le même modèle de pensée et ne privilégient pas les mêmes valeurs.

La culture protestante se base pour l’essentiel sur les notions d’individualisme et de responsabilité. La grande place accordée à l’individualité conduit naturellement à la reconnaissance et à la défense de libertés, notamment politiques, par rapport au pouvoir arbitraire du souverain puis de l’Etat. La responsabilité, qui vient du refus du concept du « pêché avoué à demi pardonné » de l’Eglise catholique (**), va déboucher sur les valeurs de probité et d’éthique : il faut être irréprochable, l’austérité et l’ascétisme sont de mises et l’expression des sentiments réprouvé (***). Par ailleurs, le protestantisme s’accompagne de la distinction entre le bien et le juste ce qui amène à une autre conception de la justice que celle de la pensée catholique.

De son côté, la culture catholique privilégie la notion de communauté qui dépasse les individus qui la compose en même temps qu’elle écarte (par la violence physique ou symbolique) ceux n’en faisant pas partie. Elle exprime un certain attachement à l’ordre moral et au respect de celui-ci. L’apparence et le symbolique sont très importants. L’humilité et la compassion sont mises en avant.

C’est par ces différences de culture politique, que des gens comme Michel Rocard et Lionel Jospin ne s’entendent pas bien avecdes Ségolène Royal et d’autres. A côté de ces deux cultures fortement inspiré par des valeurs peu ou prou religieuses, je note une troisième culture, plus républicaine et libérale, que représente DSK.

(*) Lorsqu’on regarde nos voisins européens on remarque que les protestants sont plutôt sociaux-démocrates et les catholiques plutôt conservateurs.

(**) Il se matérialise sur le principe : des dons contre ton salut.

(***) Ces valeurs seraient à l’origine du capitalisme.

23:14 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : ps, média, dsk, rocard, jospin, royal, aubry